Revue Panafricaine — Semaine du 24 au 28 mars 2026
Le Brent a clôturé la semaine à $112,57 le baril, en hausse de +12,6% sur cinq séances — sa plus forte progression hebdomadaire depuis le choc de 2022 — après que des frappes militaires au Moyen-Orient ont ravivé les craintes sur l'approvisionnement mondial. Ce choc pétrolier n'a pas frappé les sept bourses africaines de la même façon : les exportateurs d'hydrocarbures ont partiellement absorbé le choc, tandis que les marchés importateurs ont subi une double pression — hausse des coûts énergétiques et fuite vers les actifs refuges. L'or, à $4 492 (+2,7%), et l'argent, à $69,54 (+2,8%), ont confirmé ce mouvement défensif mondial, selon les données de marché compilées par Afrivestia.
Chiffres clés de la semaine
- Brent : $112,57/bbl (+12,6% sur la semaine)
- Or : $4 492 (+2,7%)
- MASI : 17 221,05 (-1,27% vendredi, -8,62% YTD)
- BRVM Composite : 406,18 (+1,07% vendredi, +1,7% YTD)
- NGX ASI : 1 443,22 (-2,54% vendredi)
- Managem RNPG 2025 : +384% à 3 milliards MAD
La fracture continentale : exportateurs vs importateurs
La semaine a mis en lumière une divergence structurelle entre les marchés africains. D'un côté, la BRVM — dont les économies membres (Côte d'Ivoire, Sénégal, Burkina Faso) bénéficient indirectement de la hausse des matières premières via les flux de capitaux régionaux et la stabilité du franc CFA ancré à l'euro — a terminé en territoire positif. Le BRVM Composite a progressé de +1,07% vendredi, portant son gain annuel à +1,7%. L'indice Télécommunications a mené la charge avec +1,86% sur la séance, soutenu notamment par ORAC (+2,0% à 15 300 XOF) et ONTBF (+1,7% à 2 950 XOF). La stabilité du taux EUR/XOF à 655,957 (parité fixe) protège les investisseurs de la BRVM de la volatilité des changes, un avantage considérable dans un environnement de dollar fort.
De l'autre côté, les marchés importateurs de pétrole ont souffert. Le NGX ASI de Lagos a chuté de -2,54% vendredi, pénalisé par la dépréciation structurelle du naira (USD/NGN à 1 383,98) et par la perspective d'une facture énergétique alourdie malgré les ambitions de raffinage local. L'EGX 30 du Caire a reculé de -1,04%, l'Égypte restant vulnérable à la hausse des prix du pétrole importé dans un contexte de pression sur la livre (USD/EGP à 52,67, en légère dépréciation de +0,31%). À Nairobi, le NASI a terminé stable à 706,42 — une neutralité qui masque des flux divergents entre les valeurs financières et les secteurs exposés aux coûts d'importation.
Casablanca : une saison de résultats qui divise
La Bourse de Casablanca a concentré l'essentiel de l'actualité corporate africaine cette semaine, avec une avalanche de publications annuelles qui ont révélé des trajectoires radicalement différentes selon les secteurs. Le MASI a cédé -1,27% vendredi pour s'établir à 17 221,05 points, portant sa perte depuis le début de l'année à -8,62% — la pire performance YTD parmi les sept places africaines suivies par Afrivestia.
La révélation de la semaine est sans conteste Managem : le groupe minier a multiplié son bénéfice net par cinq, avec un RNPG bondissant de +384% à 3 milliards MAD en 2025, d'après lopinion.ma. Cette performance spectaculaire s'explique par la mise en production de nouvelles mines d'or et de cuivre, dans un contexte où l'or a atteint des sommets historiques. Le timing est remarquable : avec l'or à $4 492 l'once cette semaine, Managem se positionne comme l'un des grands bénéficiaires continentaux du cycle haussier des métaux précieux. Un protocole d'accord signé avec KGHM et l'ONHYM pour la coopération dans les matières premières, rapporté par L'Economiste, renforce encore les perspectives du groupe.
Akdital a également brillé, avec un RNPG en hausse de +41% à près de 500 millions MAD et un chiffre d'affaires franchissant le cap des 4,4 milliards MAD en 2025, selon EcoActu. Le groupe hospitalier a annoncé un dividende par action de 14 MAD et lance son expansion internationale — une ambition qui contraste avec la correction du MASI. À l'opposé, TAQA Morocco a publié un RNPG en baisse de -6,8% à 981 millions MAD, avec un chiffre d'affaires consolidé en recul de -2,2% à 10 638 millions MAD. L'ironie est saisissante : le principal producteur d'électricité thermique du Maroc souffre précisément de la hausse des coûts du combustible que le choc pétrolier de cette semaine va encore aggraver.
Sothema a offert une note positive avec un RNPG en hausse de +22% à 386 millions MAD et un CA annuel progressant de +15% à 3 227 millions MAD, assorti d'un dividende proposé de 33 MAD par action. Vicenne a également surpris positivement avec un RNPG en hausse de +58% et un CA annuel en progression de +30% à 1 084 millions MAD. L'annonce la plus stratégique reste cependant celle d'Attijariwafa Bank, qui explore un investissement dans la start-up française Mistral AI pour accélérer sa transformation numérique, selon plusieurs sources dont InfoMagazine Maroc — une initiative qui positionne la première banque marocaine à l'avant-garde de l'intelligence artificielle financière en Afrique.
Johannesburg : les minières résistent, le marché hésite
À Johannesburg, le JSE All Share a reculé de -0,95% à 111 777,98 points, mais la structure interne de la séance raconte une histoire plus nuancée. Dans un environnement où l'or dépasse $4 492 et le palladium atteint $1 390,9 (+3,7%), les valeurs minières ont logiquement surperformé : Glencore (GLN) a progressé de +1,5% à 121,9 ZAR et DRDGold (DRD) de +1,1% à 47,74 ZAR. Cette résistance des minières confirme que le JSE reste le baromètre africain le plus sensible aux cycles des métaux — une caractéristique qui le distingue fondamentalement des autres places du continent.
Le rand, relativement stable à USD/ZAR 17,0988 (+0,12%), n'a pas amplifié la pression sur les importateurs. Les perdants de la séance — Harmony Gold (HAR, -2,1%), Capitec (CPI, -2,1%) et Investec (INL, -2,1%) — reflètent des prises de bénéfices sélectives plutôt qu'une tendance de fond. La divergence entre Glencore (cuivre, zinc, pétrole) et Harmony (or pur) mérite attention : dans un choc pétrolier, les coûts opérationnels des mines d'or augmentent, ce qui peut comprimer les marges même quand le métal jaune monte.
BRVM : Bank of Africa en mode expansion, les télécoms en vedette
La BRVM a été le seul grand marché africain à terminer clairement dans le vert cette semaine, et les annonces corporate confirment un dynamisme réel. Bank of Africa a multiplié les avis d'augmentation de capital dans quatre pays simultanément — Burkina Faso, Mali, Bénin et Sénégal — selon les annonces officielles de la BRVM des 24-27 mars. Cette opération coordonnée à l'échelle régionale signale une stratégie de renforcement des fonds propres ambitieuse, dans un contexte où les régulateurs de l'UEMOA poussent les banques à améliorer leurs ratios de solvabilité.
La première cotation des obligations TPCI (5,60% 2025-2030 et 5,85% 2025-2032) et des FCTC NSIA Banque et Orabank (7% 2025-2030) illustre la profondeur croissante du marché obligataire ouest-africain — un segment qui attire des investisseurs institutionnels cherchant des rendements stables dans un environnement volatile. Avec un indice Télécommunications BRVM en hausse de +3,44% YTD, la zone UEMOA confirme son statut de refuge relatif parmi les marchés boursiers africains en ce début 2026.
Tunis et Nairobi : calme relatif, signaux mixtes
Le TUNINDEX a reculé de -0,42% à 15 423,06 points, dans des volumes modérés. Telnet Holding a mené les hausses avec +5,7% à 7,39 TND, suivi d'Astree (+4,5%) et Monoprix (+4,5%). La légère appréciation du dinar (USD/TND à 2,9253, -0,36%) offre un soutien marginal aux importateurs tunisiens, mais la pression sur les coûts énergétiques reste préoccupante pour une économie qui importe une part significative de ses besoins en hydrocarbures.
À Nairobi, la stabilité du NASI à 706,42 masque des mouvements intéressants en séance : AMAC a bondi de +12,9% à 116 KES et EVRD de +7,2% à 1,19 KES, tandis que le shilling kenyan, quasi stable à USD/KES 128,71 (-0,03%), offre une protection relative contre la volatilité des changes. Le Kenya, importateur net de pétrole, reste exposé à la hausse du Brent, mais la solidité de ses réserves de change et la diversification de son économie atténuent l'impact à court terme.
Perspectives : ce qu'il faut surveiller la semaine du 30 mars
La trajectoire du Brent sera le facteur déterminant pour l'ensemble des marchés africains la semaine prochaine. Un maintien au-dessus de $110 prolongerait la pression sur les importateurs (Maroc, Égypte, Tunisie, Kenya, Nigeria) tout en soutenant les minières du JSE via la corrélation avec les métaux. Les assemblées générales convoquées à la BRVM — Palm CI, BOA Mali, SAPH CI — fourniront des indications sur les politiques de dividendes pour 2026. À Casablanca, la convocation de l'AG de CDM pour l'approbation des comptes 2025 et la suspension de cotation de CMT méritent un suivi attentif. La décision de Sanipak de céder ses actifs pour 600 millions USD à Arch Peninsula, si elle se confirme, constituerait l'une des plus importantes transactions M&A sur les marchés africains en 2026.
*Afrivestia — La référence des actions africaines. Données de clôture du vendredi 28 mars 2026.*
