Bourse de Casablanca — Le MASI cède 1,53% malgré des résultats annuels records pour SGTM et Marsa Maroc
Le MASI a effacé une partie des gains de mercredi, reculant à 17 243 points ce vendredi 20 mars, alors que SGTM publie un bénéfice net en hausse de 127,5% et que Marsa Maroc affiche +25% de RNPG. Le marché peine à digérer la vigueur de l'euro à 10,80 MAD et la volatilité du Brent à 105$.
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Le paradoxe des fondamentaux contre le technique
La Bourse de Casablanca a effacé une partie des gains de la séance précédente ce vendredi 20 mars 2026, l'indice MASI reculant de 1,53% à 17 243,58 points en dépit de résultats annuels 2025 spectaculaires publiés par les géants du BTP et de la logistique. Le contraste saisissant entre la performance fondamentale de SGTM — dont le résultat net a plus que doublé — et la faiblesse technique du marché illustre la prudence des investisseurs face aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient et à la vigueur de l'euro, rapporte Medias24.
Cette correction intervient seulement deux jours après une séance euphorique du 18 mars (+2,62% sur le MASI) qui avait accueilli favorablement les publications annuelles. La volatilité souligne la tension entre des bilans d'entreprise solides et un environnement macroéconomique incertain, marqué par un cours du Brent à 105,3 $/baril (–3,1% sur la séance mais +5,1% sur la semaine) et un cross EUR/MAD en hausse de 3,18% à 10,799, selon les données de change.
Un marché à l'étroit malgré des résultats historiques
L'ensemble des indices a cédé du terrain ce vendredi. Le MASI 20, baromètre des valeurs liquides, a reculé de 1,47% à 1 322,41 points, portant sa baisse depuis le début de l'année à –10,99%. L'indice Mid and Small Cap a subi une correction plus marquée (–1,58% à 1 726,14 points), tandis que le MASI ESG lâchait 1,47% à 1 185,46 points, selon les données officielles de la Bourse.
La faiblesse de la tendance se lit dans l'étendue du marché : seulement 15 valeurs ont progressé contre 45 en baisse et 4 inchangées sur les 64 titres actifs. Cette configuration défavorable intervient paradoxalement alors que les trois premiers résultats annuels 2025 — SGTM, Marsa Maroc et Auto Nejma — dépassent largement les attentes des analystes d'Attijari et CDG Capital.
SGTM : La construction d'un géant
Société Générale des Travaux du Maroc (SGTM) a établi un nouveau record d'activité en 2025, affichant un chiffre d'affaires consolidé de 15 165 M MAD, en hausse de 36,6% par rapport à 2024, d'après un communiqué transmis au CMF. Cette performance commerciale se traduit par une explosion du résultat net part du groupe (RNPG) qui atteint 1 342 M MAD, soit une progression de 127,5% sur un an, rapporte Boursenews.
Cette croissance spectaculaire s'explique par l'exécution d'un carnet de commandes historique, incluant le contrat du Grand Stade Hassan II à Benslimane, évalué à 3,77 milliards de dirhams pour la couverture et la façade, selon Medias24. Le conseil d'administration a proposé un dividende par action (DPA) de 12 MAD, en hausse de 44,6% par rapport aux 8,3 MAD versés sur l'exercice précédent, offrant un rendement attractif au cours actuel.
Marsa Maroc et Auto Nejma : La logistique et l'automobile en accélération
Marsa Maroc, opérateur portuaire stratégique, a confirmé sa montée en puissance avec un RNPG 2025 en hausse de 25,4% à 1 589 M MAD, pour un chiffre d'affaires de 5 785 M MAD (+16%), selon Le Desk. Le groupe a relevé son DPA à 11 MAD (contre 10 MAD en 2024) tout en annonçant un programme d'investissement de 21 milliards de dirhams à l'horizon 2030, visant la modernisation des infrastructures portuaires du royaume.
Du côté de la distribution automobile, Auto Nejma a affiché une croissance encore plus vigoureuse avec un chiffre d'affaires en progression de 45,1% à 4 210,6 M MAD et un RNPG en hausse de 57,8% à 324 M MAD. Le conseil propose un DPA de 176 MAD, représentant un rendement de 3,8% au cours de clôture du 31 décembre 2025, d'après les calculs d'Attijari.
Wafa Assurance et le secteur bancaire : Des bilans résilients
Wafa Assurance a également délivré des résultats solides, avec un chiffre d'affaires consolidé de 5 785 M MAD (+16%) et un RNPG en croissance de 25%. Le conseil d'administration a proposé un dividende de 11 MAD par action, contre 9,5 MAD l'année précédente, soit une augmentation de 15,8%, selon les données communiquées à la Bourse.
Ces performances exceptionnelles contrastent avec la faiblesse des cours constatée ce vendredi. SMI, le leader minier, a chuté de 7,8% à 5 760 MAD, tandis que Maghrebail cédait 5,8% à 870 MAD et Delta Holding5,8% à 55,1 MAD. Seuls quelques valeurs défensives ont résisté, à l'image de Label Vie (+8,3% à 4 100 MAD) et Salafin (+5,8% à 533 MAD), bénéficiant d'un effet de report sectoriel sur la consommation intérieure.
Contexte macroéconomique : L'euro fort pèse sur les exportateurs
La hausse de 3,18% de l'euro face au dirham à 10,799 constitue un facteur explicatif majeur de la prudence observée. Pour un pays comme le Maroc, importateur net d'énergie et de biens d'équipement européens, l'appréciation de la monnaie unique augmente mécaniquement la facture énergétique — le Brent évoluant toujours au-dessus de 105 $ — et réduit la compétitivité-prix des exportateurs vers la zone euro, leur principal marché.
Cependant, cette même appréciation pourrait soutenir les recettes touristiques, les visiteurs européens trouvant leurs dépenses en dirham moins onéreuses en termes de change. Les tensions au Moyen-Orient, qui ont propulsé le pétrole de près de 10% sur la semaine écoulée avant la correction de vendredi, maintiennent les opérateurs en alerte sur les marges des transporteurs et industriels énergivores comme Taqa Morocco (+2,2% ce jour, mais sous pression structurelle).
Outlook : Ce qu'il faut surveiller
Les prochaines semaines verront la tenue des assemblées générales ordinaires (AGO) de SGTM, Marsa Maroc et Auto Nejma pour l'approbation des dividendes proposés. Le détachement du coupon de Gaz (annoncé le 16 mars) et les futures publications du secteur bancaire — Attijariwafa Bank et BCP dominant le MASI 20 — constitueront les catalyseurs immédiats du marché. Les investisseurs surveilleront également l'évolution des pluies agricoles, déterminantes pour la croissance du PIB et la consommation électrique, facteur clé pour les résultats de Taqa Morocco et les équilibres financiers de l'État.