Bourse de Casablanca — Métaux en feu: l’or à 4.711 $ propulse les minières malgré 47 baisses
À Casablanca, le MASI a gagné 0,62% ce 13 mai 2026, mais la vraie histoire vient des valeurs minières, portées par l’envolée de l’or, de l’argent et du platine. Le contraste avec une largeur de marché négative, 13 hausses contre 47 baisses, montre un marché tiré par quelques poches très ciblées.
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Le marché actions marocain a terminé en hausse ce mercredi 13 mai 2026, mais le signal le plus fort n’est pas venu de l’indice large. Il est venu des métaux: avec l’or à 4.711,3 dollars l’once en hausse de 0,7%, l’argent à 89,81 dollars en bond de 5,5% et le platine à 2.207,7 dollars en progression de 4,6%, le compartiment minier a capté l’essentiel des flux à la Bourse de Casablanca.
Cette poussée sectorielle a permis au MASI de gagner 0,62% à 18.892,82 points, alors même que la largeur de marché est restée franchement négative, avec seulement 13 valeurs en hausse, contre 47 en baisse et 20 inchangées. Autrement dit, la séance n’a pas été portée par un appétit généralisé pour le risque, mais par une rotation très ciblée vers les dossiers exposés aux métaux précieux et industriels.
Chiffres clés
- MASI: 18.892,82 points (+0,62%, +0,25% depuis le début de 2026)
- MASI Mid and Small Cap: +0,84% ; MASI ESG: +1,83% ; MASI 20: -0,58%
Contexte de marché: un MASI positif, mais un marché étroit
Dans la bourse Casablanca aujourd’hui, le contraste entre indices est révélateur. Le MASI 20 a reculé de 0,58% à 1.352,58 points, portant sa performance annuelle à -8,96%, ce qui traduit une faiblesse persistante des grandes capitalisations les plus liquides. À l’inverse, le MASI Mid and Small Cap a progressé de 0,84% à 1.999,23 points, pour une hausse de 8,57% depuis le 1er janvier, signe que les flux continuent de privilégier des poches plus spécialisées du marché.
Le MASI ESG a, lui, avancé de 1,83% à 1.357,28 points, soit +8,45% en 2026. Cette surperformance relative suggère que la séance a aussi bénéficié à certains dossiers perçus comme plus résilients ou mieux positionnés sur des thèmes structurels. Mais le cours MASI ne raconte qu’une partie de l’histoire: avec 47 replis sur 80 valeurs cotées, la hausse de l’indice cache une concentration extrême des achats.
Les volumes confirment cette lecture. Managem a drainé 164,87 MDH, loin devant Minière Touissit à 60,76 MDH, Label Vie à 25,29 MDH, SMI à 21,21 MDH et BCP à 15,28 MDH. Quand deux ou trois valeurs minières concentrent à elles seules plus de 246 MDH d’échanges, cela indique un thème dominant, pas un rebond de marché homogène.
Minières: pourquoi les métaux ont pris le dessus
Le moteur de la séance est d’abord externe. Les cours mondiaux des métaux précieux ont accéléré dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, de barrières commerciales plus visibles sur les matières premières et de repositionnement des investisseurs sur les actifs tangibles, selon les grands titres macro fournis dans le contexte de marché. Pour le marché financier Maroc, cette dynamique compte directement: les valeurs minières cotées à Casablanca sont parmi les plus sensibles aux variations des prix spot de l’or, de l’argent et, dans une moindre mesure, d’autres métaux industriels.
La hausse de l’argent de 5,5% en une seule séance est particulièrement importante, car elle améliore mécaniquement les anticipations de chiffre d’affaires et de marges pour les producteurs exposés. Le platine à +4,6% renforce aussi l’idée d’un panier de métaux mieux orienté, tandis que l’or à 4.711,3 dollars maintient un socle de valorisation élevé pour les groupes diversifiés. Dans ce contexte, les investisseurs ont privilégié les dossiers offrant un levier opérationnel immédiat sur les prix des métaux, même si les fondamentaux de production, de coûts et de couverture restent déterminants à moyen terme.
Le fait que cette rotation se produise alors que le Brent reste élevé à 106,25 dollars le baril, malgré un repli journalier de 1,4%, mérite aussi d’être souligné. Pour le Maroc, importateur net d’énergie, un pétrole en hausse de 4,9% sur une semaine alourdit la facture énergétique nationale et peut peser sur les marges de nombreux secteurs industriels et de transport. Les minières ne sont pas immunisées à cette pression sur les coûts, notamment via le diesel, l’électricité et la logistique, mais la flambée des métaux a, ce mercredi, largement dominé cet effet négatif dans les arbitrages boursiers.
Effet devises: un soutien aux revenus export, une pression sur les coûts importés
Le second facteur clé est le change. Le USD/MAD a progressé de 0,85% à 9,1694, tandis que l’EUR/MAD a bondi de 3,26% à 10,729. Pour les groupes marocains exportateurs de matières premières facturées en dollars, un dirham plus faible face au billet vert peut soutenir la traduction en monnaie locale des revenus, toutes choses égales par ailleurs. C’est un élément que les analystes de la place, notamment chez BKGR ou Attijari Global Research lors de précédentes notes sectorielles, surveillent de près dans leur analyse bourse Casablanca des valeurs exposées à l’international.
L’effet n’est toutefois pas univoque. Une devise locale plus faible renchérit aussi les intrants importés, les équipements, certaines pièces de rechange et la facture énergétique. Dans le cas des minières, le marché a clairement choisi de regarder d’abord le côté revenus plutôt que le côté coûts. Cette hiérarchie des facteurs est cohérente avec une séance où les métaux ont affiché des hausses de 0,7% à 5,5%, alors que le pétrole reculait sur la journée.
Les autres poches du marché: consommation, immobilier et services sous pression
Le reste de la cote a offert une image bien moins euphorique. Parmi les replis notables, Aradei Capital a cédé 2,4% à 448,0 MAD, Douja Prom Addoha a perdu 3,2% à 32,32 MAD, Risma a reculé de 2,9% à 330,0 MAD et Salafin de 4,5% à 460,5 MAD. Ces baisses rappellent que la séance n’a pas été un vote de confiance généralisé sur la croissance domestique.
Dans les services et la technologie, HPS a abandonné 2,1% à 625,5 MAD, Microdata1,9% à 762,0 MAD et Disty Technologies 1,9% à 360,1 MAD. Côté transport et logistique, Marsa Maroc a cédé 2,0% à 843,0 MAD et CTM2,1% à 886,0 MAD. Avec un Brent au-dessus de 106 dollars, ces segments restent exposés à une pression sur les coûts d’exploitation, ce qui peut expliquer une partie de la prudence observée.
À l’inverse, quelques valeurs non minières ont résisté. Wafa Assurance a gagné 3,6% à 5.750,0 MAD, LafargeHolcim Maroc 2,1% à 1.853,0 MAD et CMGP Group 5,2% à 378,8 MAD. Mais ces progressions restent secondaires face à la domination des flux sur les métaux. Pour mémoire, un article récent d’Afrivestia montrait déjà cette capacité des minières à défier la tendance générale: Bourse de Casablanca — SMI bondit de 6,1% sur 11,9 MDH, les minières défient un MASI en baisse.
Ce que cette séance dit du marché marocain en 2026
La séance du 13 mai 2026 illustre un point central pour la bourse maroc en direct: le marché casablancais reste très sensible aux chocs sectoriels mondiaux, même lorsque les indices larges paraissent stables. Le MASI n’affiche que +0,25% depuis le début de l’année, mais derrière cette quasi-stagnation se cachent des écarts importants entre grandes capitalisations en retrait, petites et moyennes valeurs plus dynamiques, et secteurs cycliques directement branchés sur les matières premières.