La semaine a confirmé une Afrique boursière à plusieurs vitesses: Tunis reste le leader avec +19,39% en 2026, Lagos a accéléré avec Seplat et BUA Cement, tandis que Casablanca recule à -1,39% depuis janvier. Le repli du Brent à 108,17 $ et la vigueur des métaux ont surtout soutenu Johannesburg et les valeurs énergétiques.
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Le contraste a rarement été aussi net sur les marchés boursiers africains: au 2 mai 2026, Tunis affiche une avance de +19,39% depuis le début de l’année, la BRVM reste positive à +1,7%, tandis que Casablanca demeure en territoire négatif à -1,39%. Dans le même temps, Johannesburg a profité de la remontée des métaux précieux, Lagos a été porté par un nouveau coup d’accélérateur des poids lourds énergétiques et cimentiers, et Nairobi a marqué le pas avec un NSE 25 en baisse de 0,55% sur la séance.
Le fil conducteur de la semaine tient en 3 chiffres mondiaux: un Brent à 108,17 dollars le baril, en baisse de 5,1% sur la journée mais quasi stable sur la semaine à -0,1%; un or à 4 629,9 dollars l’once, en hausse de 0,3%; et un argent à 75,95 dollars, en progression de 3,3%. Ce cocktail a favorisé les marchés exposés aux mines, comme le JSE, tout en limitant l’élan des places plus dépendantes des financières et de la consommation domestique. Les gros titres internationaux sur la sortie des Émirats arabes unis de l’OPEP, relayés par la presse financière internationale, ont aussi renforcé l’idée d’un pétrole plus volatil en 2026, ce qui a pesé sur la lecture des valeurs énergétiques africaines.
Chiffres clés
- TUNINDEX: 16 057,76 points, soit +19,39% en 2026
- MASI: 18 583,53 points, soit -1,39% en 2026
- BRVM Composite: 403,93 points, soit +1,7% en 2026
Le classement régional est désormais plus lisible qu’en début d’année. La Bourse de Tunis reste la place la plus performante parmi les 7 marchés suivis, avec un TUNINDEX à 16 057,76 points et un gain de 19,39% en 2026. Le TUNINDEX20 suit la même trajectoire à +19,11%, tandis que les compartiments agroalimentaire (+26,25%), services aux consommateurs (+24,93%) et industries (+24,63%) montrent que la hausse ne repose pas sur un seul secteur. D’après les données de la BVMT, cette largeur de marché est un signal important: la progression tunisienne n’est pas seulement bancaire, même si l’indice des banques gagne encore 19,0% en 2026.
À l’autre extrémité, Casablanca peine à retrouver un moteur commun. Le MASI termine à 18 583,53 points, en baisse de 0,62% sur la séance et de 1,39% depuis janvier 2026. Le MASI 20 recule davantage à -8,73% en 2026, contre un MASI Mid and Small Cap encore positif à +4,32%. Cette divergence dit beaucoup sur la structure du marché marocain: les grandes capitalisations ont davantage souffert des prises de bénéfices et d’arbitrages sectoriels, alors que les valeurs moyennes ont mieux résisté. La baisse de Marsa Maroc, en repli de 2,0% à 835 MAD sur la séance, illustre cette pression malgré des annonces opérationnelles solides relayées par *L’Economiste*, *EcoActu.ma* et *La Vie éco*.
Entre ces deux pôles, la BRVM Composite avance de 1,7% en 2026 à 403,93 points, avec une séance de +0,14%. Le détail sectoriel est instructif: les télécommunications gagnent 3,44% depuis janvier, les services publics 3,3%, les financières 0,56%, alors que la consommation discrétionnaire recule de 0,87%. Cette hiérarchie reflète un marché ouest-africain qui privilégie les flux de dividendes et la visibilité des cash-flows, au moment où plusieurs annonces officielles ont rythmé la semaine, notamment chez Bank of Africa et Sonatel.
Le fait majeur de la semaine: Tunis confirme, Lagos accélère, Casablanca décroche
Le premier événement de la semaine, par importance continentale, est la confirmation du leadership tunisien. La séance de vendredi n’a progressé que de 0,25%, mais elle prolonge une tendance de fond beaucoup plus puissante. Les gagnants du jour, comme SOTETEL à +6,0% à 10,14 TND, BTE à +4,3% et Magasin Général à +4,0%, montrent que le marché continue de récompenser les dossiers de rattrapage et les valeurs domestiques. Selon les statistiques de la BVMT, l’indice des assurances gagne 16,77% en 2026 et celui des sociétés financières 18,76%, ce qui suggère une revalorisation plus large du risque tunisien.
Pourquoi Tunis surperforme-t-elle autant? D’abord parce que la place partait de niveaux de valorisation plus modestes que plusieurs marchés nord-africains. Ensuite parce que la baisse du dollar face au dinar, avec un USD/TND à 2,8775 en recul de 0,35%, allège partiellement la pression importée sur certains coûts. Enfin, la composition sectorielle du marché tunisien, plus domestique et moins dépendante des grandes capitalisations exportatrices, a permis une meilleure diffusion de la hausse. Pour qui suit la bourse Afrique aujourd’hui, Tunis est devenue en 2026 le laboratoire le plus clair d’un rerating tiré par la profondeur sectorielle.
Le deuxième fait marquant est venu du Nigeria. Le NGX ASI a gagné 0,95% sur la séance, porté par une flambée simultanée de Seplat Energy et BUA Cement, toutes deux en hausse de 10,0% respectivement à 11 495 NGN et 418 NGN. Ce double mouvement est significatif. Seplat profite encore d’un environnement pétrolier qui reste élevé malgré le repli quotidien du Brent, tandis que BUA Cement bénéficie d’une lecture plus domestique, liée aux infrastructures, à la construction et à la capacité des grands industriels à répercuter les coûts. Le USD/NGN à 1 374,3, quasi stable à -0,03%, a aussi réduit le bruit de change sur la séance.
Le troisième fait majeur est la faiblesse persistante de Casablanca. Certes, quelques valeurs ont rebondi, comme ENK à +8,4%, M2M à +5,0% et DWY à +3,7%. Mais les poids lourds continuent de freiner l’indice. Attijariwafa Bank a convoqué son AGO du 2 juin 2026, selon *Zonebourse*, sans créer de catalyseur immédiat sur l’ensemble du compartiment bancaire. Surtout, le contraste entre les annonces d’expansion de Marsa Maroc — 5,8 milliards de MAD de chiffre d’affaires en 2025 et 67 millions de tonnes manutentionnées, selon *EcoActu.ma* — et la réaction boursière rappelle une règle classique: de bonnes nouvelles déjà intégrées dans les cours ne suffisent pas toujours à relancer un indice.
Matières premières, devises et mines: Johannesburg a repris la main
Le JSE a probablement offert la lecture macro la plus propre de la semaine. Le JSE All Share a gagné 1,15% à 115 180,5 points, pendant que le Top 40 avançait de 1,16% à 107 229,4 points. Les meilleures performances du jour sont venues de Glencore (+5,3%), Exxaro (+4,2%) et surtout Impala Platinum à +4,2% à 232,26 ZAR. Ce trio résume la logique sud-africaine: quand l’or, l’argent, le platine et le palladium progressent ensemble — respectivement +0,3%, +3,3%, +0,9% et +0,8% — les minières et groupes liés aux ressources retrouvent un soutien mécanique.
Le USD/ZAR à 16,6372, en baisse de 0,18%, a également aidé la lecture du marché. Un rand légèrement plus ferme peut modérer les anticipations inflationnistes importées, même si l’effet n’est jamais univoque pour les exportateurs miniers. Ce qui compte surtout, c’est que l’Afrique du Sud reste le marché le plus directement branché sur les flux mondiaux de matières premières. Dans une semaine dominée par les débats sur l’OPEP, les tensions géopolitiques et les scénarios de pétrole plus baissiers en 2026, Johannesburg a bénéficié d’un arbitrage clair en faveur des métaux plutôt que de l’énergie pure.
L’Égypte a offert un tableau plus mitigé. L’EGX 30 a cédé 1,19% à 51 761 points, malgré des hausses de Misr Fertilizers Production Company à +5,6%, AMOC à +3,5% et Cleopatra Hospital à +3,4%. Le USD/EGP à 53,47, en baisse de 0,27%, a apporté un peu de stabilité monétaire, mais pas assez pour empêcher des dégagements sur des poids lourds comme EFG Holding (-1,0%) ou HRHO (-1,2%). La place cairote reste sensible à la rotation entre valeurs domestiques, financières et industrielles, dans un contexte où les investisseurs arbitrent plus sévèrement les dossiers après la forte volatilité des derniers trimestres.
BRVM: dividendes, banques et télécoms gardent l’avantage
En Afrique de l’Ouest, la semaine a été dominée par les annonces de dividendes et d’opérations sur capital. La BRVM a enregistré plusieurs communications autour des entités Bank of Africa — BOA CI, BOA BN, BOA BF, BOA ML et BOA SN — ainsi que l’annonce d’un dividende net de 1 740 XOF pour Sonatel, avec détachement prévu le 22 mai 2026. BOA Côte d’Ivoire doit, de son côté, détacher un dividende net de 594,528 XOF le 5 mai 2026. Ces chiffres comptent davantage sur la BRVM que sur d’autres places, car le rendement reste un moteur central de valorisation.
Le marché l’a reflété dans sa structure sectorielle. L’indice télécoms a gagné 1,54% sur la séance et 3,44% en 2026, les services publics 2,19% sur la journée et 3,3% depuis janvier, tandis que les financières progressent de 0,66% sur la séance. Les meilleures performances du jour, avec SGBC à +1,8% à 34 095 XOF et SMBC à +1,6% à 11 700 XOF, confirment cette préférence pour les dossiers bancaires et de rendement. Selon *Financial Afrik* et *Sika Finance*, les résultats trimestriels d’Ecobank ont aussi nourri cette lecture, avec une croissance à deux chiffres du produit net bancaire au premier trimestre 2026.
Pour ceux qui cherchent à investir en Afrique, la BRVM reste un cas à part: une devise arrimée à l’euro via le XOF à 655,957 pour 1 euro, une profondeur encore limitée, mais une visibilité relativement forte sur les distributions. Cela explique pourquoi la place résiste mieux que certains marchés plus liquides lorsque la volatilité mondiale remonte.
Nairobi et Casablanca: les marchés domestiques restent plus sélectifs
À Nairobi, le NSE 25 a perdu 0,55% à 5 667,98 points. Les hausses de Car & General à +11,6% à 77 KES, de Longhorn à +6,5% et de TotalEnergies Marketing Kenya à +4,0% n’ont pas suffi à compenser les replis de Jubilee (-1,1%) et d’autres petites capitalisations. Le USD/KES à 129,05, en hausse de 0,72%, rappelle que le marché kényan reste très sensible au coût du dollar, notamment pour les groupes importateurs et les entreprises endettées en devises. Nairobi conserve des poches d’opportunités, mais la dispersion des performances reste élevée.
Casablanca, elle, a surtout vécu au rythme des annonces d’entreprises. Outre Marsa Maroc, Akdital a inauguré l’Anfa Prime Hospital de 191 lits à Casablanca, selon *Le Desk*, *Lebrief* et *Consonews*. Label Vie a publié ses résultats 2025, relayés par *Zonebourse*, tandis que *Medias24* soulignait un rebond de plus de 16% du titre depuis mars 2026. Pourtant, l’indice large n’en a pas profité. Cela confirme qu’au Maroc, en ce début de mai, la sélection de titres prime sur la direction du marché. Pour les investisseurs en actions africaines, c’est une nuance essentielle: un flux d’actualités riche ne se traduit pas automatiquement par une hausse de l’indice.
Ce qu’il faut surveiller la semaine prochaine
Le calendrier est déjà chargé sur plusieurs places. Sur la BRVM, le détachement du dividende de BOA Côte d’Ivoire le 5 mai 2026 sera un test pour l’appétit de rendement, avant celui de Sonatel le 22 mai 2026. À Casablanca, les suites des publications de Marsa Maroc, Label Vie et les préparatifs de l’AGO d’Attijariwafa Bank du 2 juin 2026 resteront au centre de l’attention. En Tunisie, la question sera de savoir si un marché déjà en hausse de 19,39% en 2026 peut continuer à élargir sa progression au-delà des banques et de l’agroalimentaire. En Afrique du Sud, l’évolution de l’or, du platine et du palladium restera déterminante pour les minières. Enfin, sur l’ensemble des marchés boursiers africains, la trajectoire du Brent après la chute quotidienne de 5,1%, les mouvements du dollar face aux devises locales et l’impact des nouvelles géopolitiques sur l’appétit pour le risque continueront de dicter les rotations sectorielles.