Marchés Africains — Tunis +17,5% en 2026, Le Caire au plus haut et Lagos décroche avec le pétrole à 105 $
La Tunisie reste le marché le plus performant en 2026 avec un TUNINDEX à +17,46%, tandis que l’EGX 30 grimpe à 52 375,4 points. À contre-courant, le NGX ASI a cédé 1,21% sur la séance, malgré un Brent en hausse hebdomadaire de 10,3%.
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Le contraste a dominé les marchés boursiers africains cette semaine du 20 au 25 avril 2026 : Tunis a confirmé son statut de leader continental avec un TUNINDEX à 15 798,89 points, en hausse de 17,46% en 2026, tandis que Le Caire a prolongé son rallye à 52 375,4 points sur l’EGX 30. À l’inverse, Lagos a décroché avec un NGX ASI en baisse de 1,21% sur la dernière séance, alors même que le Brent a bondi de 10,3% sur la semaine à 105,33 dollars le baril, signe qu’un pétrole plus cher ne soutient plus mécaniquement toutes les places africaines.
Cette divergence est le fait majeur de la semaine. D’un côté, les marchés portés par les financières, l’industrie et des publications d’activité solides — notamment Tunis, Le Caire et, dans une moindre mesure, Johannesburg — ont absorbé le choc géopolitique lié à la crise autour du détroit d’Hormuz. De l’autre, les places plus sensibles aux arbitrages de liquidité, aux devises et au coût du capital, comme Lagos et partiellement Nairobi, ont montré que la hausse des matières premières peut aussi raviver les craintes inflationnistes et peser sur les valorisations.
Key figures
- TUNINDEX: 15 798,89 points, soit +17,46% en 2026
- EGX 30: 52 375,4 points, en hausse de 0,79% sur la séance
- Brent: 105,33 $/bbl, soit +10,3% sur la semaine
- NGX ASI: -1,21% sur la séance
- JSE All Share: 116 565,97 points, en hausse de 0,10%
Contexte de marché : l’Afrique boursière avance, mais à plusieurs vitesses
Le classement de la semaine place clairement la Tunisie en tête des grands marchés suivis, avec un TUNINDEX20 à 6 997,07 points (+17,1% en 2026) et des hausses sectorielles très larges. Les indices tunisiens des industries (+20,81%), de l’agroalimentaire et boissons (+22,05%) et de la distribution (+21,88%) montrent que la progression ne repose pas sur un seul compartiment. D’après les publications relayées par Ilboursa et Business News, les investisseurs ont réagi à une série d’indicateurs trimestriels qui confirment une amélioration opérationnelle dans plusieurs valeurs domestiques.
L’Égypte suit avec un momentum toujours puissant. L’EGX 30 a gagné 0,79% sur la dernière séance à 52 375,4 points, soutenu par les valeurs immobilières et d’investissement, avec Pioneers Properties (PRCL) à +13,8%, Citadel Capital (CCAP) à +8,7% et Egyptian Resorts (EGTS) à +5,6%. La stabilité relative du change, avec un USD/EGP à 52,57 (-0,04%), a limité l’un des grands risques habituels du marché égyptien : une nouvelle poussée de tension sur la devise qui renchérit le coût des intrants et fragilise les bilans.
À Johannesburg, le ton est resté constructif sans emballement. Le JSE All Share a terminé à 116 565,97 points (+0,10%) et le Top 40 à 108 814,75 points (+0,22%). Les minières ont repris la main grâce à l’envolée des métaux précieux : l’or a progressé de 0,4% à 4 722,3 dollars, l’argent de 1,2% à 76,38 dollars et le palladium de 1,1% à 1 501,5 dollars. Cela a directement profité à Gold Fields, en hausse de 4,1% à 757,0 ZAR, et à Anglo American Platinum, en hausse de 2,8% à 1 638,76 ZAR.
Le Maroc et la BRVM ont offert un profil plus défensif. À Casablanca, le MASI a cédé 0,10% à 19 138,85 points, mais reste en hausse de 1,55% en 2026. Le MASI ESG affiche +8,68% en 2026, bien mieux que le MASI 20 à -5,64%, ce qui traduit une rotation vers des dossiers de qualité moyenne capitalisation plutôt que vers les grandes pondérations. Sur la BRVM, le Composite a gagné 0,15% à 402,59 points, avec un BRVM-30 à +0,17% et un indice des services financiers à +0,53%, alors que les services publics ont chuté de 4,17% sur la séance.
Le grand thème de la semaine : pétrole, devises et coût du capital redessinent la carte
Le premier enseignement de cette bourse Afrique aujourd’hui est que la flambée du pétrole n’a pas produit un effet uniforme. Le Brent à 105,33 dollars, en hausse de 10,3% sur la semaine, aurait pu soutenir mécaniquement les marchés exposés aux hydrocarbures. Pourtant, le Nigeria a reculé. Cela s’explique par un mécanisme simple : un pétrole plus élevé améliore potentiellement les recettes extérieures, mais il alimente aussi les anticipations d’inflation, maintient la pression sur les taux et ne résout pas à court terme les problèmes de liquidité en devise.
Le USD/NGN à 1 352,78 (+0,15%) et le repli du NGX ASI montrent que les investisseurs ont privilégié la prudence. Les replis de Transcorp (-1,9% à 47,1 NGN), de FCMB (-1,9% à 12,65 NGN) et de Dangote Sugar (-2,0% à 72,0 NGN) suggèrent des prises de bénéfices sur des dossiers liquides plutôt qu’un désaveu sectoriel isolé. Le fait que trois valeurs aient touché la limite haute de +10,0% — UPDC, ACADEMY et HMCALL — indique d’ailleurs que l’appétit spéculatif n’a pas disparu, mais qu’il s’est déplacé vers les petites capitalisations.
À l’inverse, l’Afrique du Sud a mieux digéré le choc énergétique parce que son marché est plus diversifié et plus corrélé aux métaux qu’au seul pétrole. Le rand s’est apprécié, avec un USD/ZAR à 16,5223 (-0,62%), ce qui a réduit une partie de la pression importée. Dans le même temps, la hausse de l’or a servi de couverture naturelle à la nervosité géopolitique. C’est pourquoi les minières ont surperformé les distributeurs, avec Woolworths Holdings (WBO) à +4,2% alors que Shoprite (SHP) a perdu 0,7%, TFG 0,9% et Truworths 1,0%.
En Afrique du Nord, la lecture est différente. Le Maroc a bénéficié d’une inflation contenue à 0,9% en mars 2026, selon les données citées dans les notes d’analystes, ce qui soutient les valeurs domestiques sensibles au pouvoir d’achat et au crédit. Le USD/MAD a reculé de 0,19% à 9,2396, mais l’EUR/MAD a progressé de 2,92% à 10,818, rappelant que la structure des importations et des coûts reste un sujet pour les groupes exposés à l’Europe. En Égypte, la quasi-stabilité du dollar face à la livre a offert un répit tactique à un marché qui reste très sensible au change.
Tunisie et Égypte en tête : les publications d’activité font la différence
La Tunisie a signé la séquence la plus convaincante de la semaine, non seulement par la performance des indices, mais par l’ampleur de la participation sectorielle. Les plus fortes hausses de la séance — Tunisie Leasing +12,4% à 37,64 TND, SOTIPAPIER +11,5% à 3,11 TND et SOTUVER +9,4% à 19,25 TND — montrent que le marché a récompensé à la fois les financières et l’industrie. Selon les titres de presse repris par MSN et Ilboursa, SOTUVER a porté ses revenus trimestriels à 28,071 millions TND, tandis que SAH Lilas a annoncé 235 millions TND de revenus à fin mars.
Ce point est essentiel pour qui cherche à investir en Afrique avec une logique fondamentale : les marchés qui montent durablement sont souvent ceux où les résultats confirment le récit boursier. Le secteur bancaire tunisien, en hausse de 16,97% en 2026, n’est pas seul à tirer la cote ; les services financiers à +18,52% et les industries à +20,81% montrent une diffusion plus saine de la hausse. Même les replis de Délice Holding (-0,5%), ATB (-0,5%) et Unimed (-0,6%) restent limités, ce qui traduit une pression vendeuse contenue.
En Égypte, la dynamique a été plus concentrée, mais tout aussi parlante. Les hausses de PRCL, CCAP et EGTS indiquent un retour de l’appétit pour les actifs domestiques à bêta élevé, notamment l’immobilier et les holdings d’investissement. Dans un environnement où le USD/EGP est resté presque inchangé à 52,57, le marché a pu se recentrer sur les valorisations et les perspectives de croissance nominale. Le Caire reste ainsi l’une des places les plus réactives du continent lorsque la contrainte de change se détend, même marginalement.
Casablanca et BRVM : semaine de transition, mais agenda corporate dense
À Casablanca, la performance des indices masque une activité corporate plus riche que ne le suggère le MASI à -0,10%. Plusieurs annonces ont structuré la semaine. CIH Bank a convoqué une AGE le 22 mai 2026 pour une augmentation de capital de 1 milliard MAD, selon les notes d’analystes. CFG Bank proposera un dividende de 4 MAD par action, tandis que Jet Contractors vise un dividende de 20 MAD. Auto Hall a également convoqué une assemblée pour une augmentation de capital de 500 millions MAD.
Ces opérations disent quelque chose de plus profond sur les actions africaines cotées au Maroc : malgré un MASI 20 en baisse de 5,64% en 2026, les émetteurs continuent de lever des fonds, de distribuer du cash ou de réorganiser leur structure financière. Cela traduit un marché primaire et corporate encore actif. La cession de 422 000 actions Vicenne par Amethis Fund II, qui fait passer sa participation sous 10%, ajoute un signal de rotation actionnariale classique dans les mid caps. Pour le lecteur, cela compte autant que la variation quotidienne des indices.
La BRVM, elle, a surtout été animée par les dividendes et les opérations de capital. Le calendrier officiel publié le 24 avril 2026 mentionne notamment un dividende net de 1 740 XOF pour Sonatel, avec détachement prévu le 22 mai 2026, ainsi qu’un dividende net de 594,528 XOF pour Bank of Africa Côte d’Ivoire le 5 mai 2026. En parallèle, plusieurs entités du groupe Bank of Africa — SN, BF, ML, BN — ont annoncé des augmentations de capital, selon les avis de la BRVM.
Pourquoi est-ce important ? Parce que la BRVM reste un marché où le rendement et la discipline de distribution jouent un rôle central dans la formation des prix. Le fait que le secteur télécoms soit à +3,44% en 2026 et les financières à +0,56% reflète cette préférence pour les cash-flows visibles. Les chiffres relayés par Financial Afrik et Sika Finance sur Sonatel, avec un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 7% et un bénéfice de 114 milliards XOF au premier trimestre 2026, renforcent cette lecture. Dans un environnement régional marqué par la baisse de 11,2% des exportations sénégalaises à fin février 2026, selon une note d’analyste, la visibilité bénéficiaire devient encore plus précieuse.
Nairobi et Lagos : la sélectivité l’emporte sur le bêta macro
À Nairobi, la semaine a été plus nuancée que ne le suggère le NSE 25 à +0,14% et le NSE 20 à -0,06%. Les hausses de OCH (+8,4% à 7,7 KES), de Kenya Airways (+7,8% à 6,6 KES) et de TotalEnergies Marketing Kenya (+3,2% à 42,9 KES) montrent que le marché a privilégié des histoires spécifiques. Mais la progression du USD/KES à 129,25 (+0,74%) rappelle que la devise reste un paramètre clé pour les entreprises importatrices et pour les investisseurs étrangers.
Le Nigeria présente une logique similaire, mais avec une volatilité plus forte. Le repli du marché large contraste avec les limites hautes enregistrées sur plusieurs petites valeurs. Cela traduit un marché fragmenté, où la liquidité se concentre sur quelques poches spéculatives pendant que les grandes capitalisations subissent des arbitrages. Dans un contexte de Brent à 105,33 dollars et de gaz naturel en baisse de 3,6% à 2,52 dollars, les investisseurs ont aussi dû réévaluer les gagnants et perdants sectoriels d’un choc énergétique qui ne se diffuse pas de manière homogène.
Ce qu’il faut surveiller la semaine prochaine
Le prochain catalyseur panafricain sera moins un chiffre unique qu’une série d’événements corporate et de flux de dividendes. À Casablanca, les assemblées de CIH Bank, CFG Bank et Jet Contractors prévues autour du 22 mai 2026 resteront au centre de l’attention, tout comme les suites de l’augmentation de capital d’Auto Hall. Sur la BRVM, le calendrier de détachement des dividendes, notamment celui de Sonatel le 22 mai 2026 et de BOA CI le 5 mai 2026, donnera le tempo. En Tunisie, les prochaines publications trimestrielles diront si la hausse de 17,46% en 2026 du TUNINDEX repose sur une expansion durable des bénéfices. En Afrique du Sud, l’évolution de l’or à 4 722,3 dollars et du rand à 16,5223 contre dollar restera déterminante pour les minières. Enfin, pour l’ensemble des places, la trajectoire du Brent après sa hausse hebdomadaire de 10,3% sera le test central : si le pétrole reste au-dessus de 100 dollars, l’effet sur l’inflation, les devises et les marges pourrait rapidement redessiner la hiérarchie des bourses africaines.