Bourse de Casablanca — Semaine du 30 mars au 3 avril: MASI -0,06%, Label Vie bondit de 8,6%
Le MASI a cédé 0,06% sur la semaine à 17.514,8 points, dans un marché partagé entre repli des poids lourds bancaires et rebond des valeurs de croissance. L’approbation de 30 projets à 86,36 Md MAD et la hausse de 22% des recettes touristiques ont soutenu le scénario domestique.
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Le cours MASI a terminé la semaine du 30 mars au 3 avril 2026 sur un léger repli de 0,06% à 17.514,8 points, mais ce chiffre masque une rotation nette: les grandes capitalisations bancaires et télécoms ont pesé, tandis que plusieurs valeurs domestiques et minières ont fortement rebondi. Dans le même temps, l’économie réelle a envoyé un signal plus constructif avec 30 projets d’investissement approuvés pour 86,36 Md MAD, un montant suffisamment élevé pour redonner de la profondeur au scénario de croissance interne.
Key figures
- MASI: 17.514,8 points, soit -0,06% sur la semaine et -7,07% depuis le début de 2026
- MASI Mid and Small Cap: +0,44%, contre MASI 20: -0,77%
- Label Vie: +8,6% à 4.180 MAD
- 30 projets approuvés pour 86,36 Md MAD, avec près de 20.500 emplois annoncés
- Recettes touristiques: 21,38 Md MAD, en hausse de 22% à fin février 2026
Contexte de marché: une cote divisée entre lourds reculs et poches de reprise
Pour une analyse bourse Casablanca fidèle à la semaine, il faut d’abord regarder la dispersion. Vendredi, la cote a affiché 28 hausses, et sur suivis, signe d’un marché sans direction uniforme. Les indices de style confirment cette fracture: le a reculé de depuis le début de la période observée, alors que le a progressé de . Le a, lui, terminé à , en hausse quotidienne de , mais reste en baisse de depuis le 1er janvier.
Cette sous-performance des grandes capitalisations n’a rien d’anodin dans une place où les banques et les télécoms concentrent une part décisive de la capitalisation. Attijariwafa Bank a cédé 1,3% avec 84,7 millions de MAD d’échanges, BCP a perdu 3,3% avec 43,3 millions de MAD de volume, et Itissalat Al-Maghrib a abandonné 3,0% à 92,1 MAD. Quand ces trois compartiments corrigent simultanément, il devient mécaniquement difficile pour le MASI de progresser, même si une dizaine de dossiers affichent des hausses supérieures à 3%.
Le contexte externe a aussi compté. Le Brent a terminé à 109,03 dollars le baril, en hausse de 7,8% sur la séance mais encore en baisse de 3,3% sur la semaine, dans un marché mondial dominé par les risques autour du détroit d’Ormuz, selon les grands titres internationaux cités dans le brief. Pour le Maroc, importateur net d’énergie, cette volatilité pèse sur les anticipations de coûts, de balance commerciale et, indirectement, sur les marges de plusieurs secteurs. En parallèle, l’EUR/MAD a bondi de 3,15% à 10,826, tandis que l’USD/MAD a gagné 0,84% à 9,3986. Cette double tension de change renchérit les importations libellées en devises et explique en partie la prudence observée sur certains industriels et valeurs de consommation.
Le vrai signal de la semaine: la rotation vers les domestiques et les dossiers de croissance
Le fait marquant n’est pas la baisse marginale du MASI, mais la vigueur de plusieurs valeurs liées à la demande intérieure. Label Vie a signé la meilleure performance hebdomadaire du tableau fourni avec +8,6% à 4.180 MAD, devant SMI à +8,5% et Minière Touissit à +8,3%. Ce mouvement sur Label Vie traduit une recherche de dossiers exposés à la consommation locale, dans un contexte où les indicateurs macro domestiques se raffermissent plus vite que ne le suggère l’indice principal.
Ce scénario est renforcé par la décision de la Commission nationale des investissements d’approuver 30 projets pour 86,36 Md MAD, avec près de 20.500 emplois à la clé, dont 9.000 directs et 11.500 indirects, selon l’annonce du 3 avril 2026. Pour le marché financier Maroc, ce n’est pas une statistique abstraite: un tel pipeline soutient à moyen terme la construction, les matériaux, la logistique, la distribution et les services bancaires. Il aide aussi à expliquer pourquoi des titres comme Ciments du Maroc ont progressé de 2,4% à 1.745 MAD, alors même que les poids lourds de l’indice restaient sous pression.
Le contraste entre l’indice principal et les valeurs moyennes rappelle que la bourse casablanca aujourd’hui se lit moins comme un bloc homogène que comme une succession de micro-cycles sectoriels. Les investisseurs ont visiblement privilégié les dossiers capables de transformer une amélioration macro en croissance bénéficiaire plus visible, plutôt que les grandes capitalisations déjà largement arbitrées depuis le début de l’année. C’est d’autant plus notable que le MASI affiche encore -7,07% en 2026, alors que certaines poches du marché ont déjà effacé une partie de leur retard.
Tourisme, automobile, hôtellerie: les données domestiques ont soutenu plusieurs compartiments
Les statistiques sectorielles publiées cette semaine ont donné de la matière à cette rotation. Les recettes touristiques ont atteint 21,38 Md MAD à fin février 2026, en hausse de 22% sur un an, selon la presse économique citée dans le flux. Le trafic aérien a progressé de 7,91% à 5.909.802 passagers en février 2026. Et les ventes automobiles ont augmenté de 22,27% à 58.901 unités à fin mars 2026. Pris ensemble, ces trois chiffres dessinent une demande intérieure plus robuste, portée à la fois par les ménages, les flux de visiteurs et l’investissement.
C’est dans ce cadre que Risma a gagné 4,7% à 324,5 MAD après la signature d’un contrat-cadre avec le groupe Accor portant sur la conversion de 21 hôtels au modèle de franchise, avec effet immédiat, selon l’annonce du 3 avril. Le marché y a vu un levier potentiel d’optimisation opérationnelle et de montée en gamme commerciale, dans un secteur déjà soutenu par la progression à deux chiffres des recettes touristiques. Pour le lecteur qui suit notre précédent papier, ce mouvement prolonge le thème déjà visible dans Bourse de Casablanca — Oulmès bondit de 6% après 21,38 Md MAD de recettes touristiques.
Matières premières et change: les minières montent, l’énergie et certains défensifs reculent
La semaine a également confirmé que Casablanca reste sensible aux grands flux mondiaux de matières premières. Managem a avancé de 7,5% à 10.000 MAD, avec 63,4 millions de MAD de volume, après l’annonce du lancement au deuxième trimestre 2026 de la production de sulfate de cobalt à Guemassa, pour un potentiel de 5.800 tonnes par an. Même si le titre fait partie des dossiers récemment très couverts, la logique fondamentale reste claire: dans un environnement où les chaînes de valeur des métaux critiques se reconfigurent, la visibilité industrielle compte davantage que la seule variation hebdomadaire des cours spot.
À l’inverse, Taqa Morocco a reculé de 2,5% à 1.800 MAD avec 55,4 millions de MAD d’échanges. Le repli peut sembler contre-intuitif alors que le pétrole a rebondi de 7,8% sur la séance, mais il s’explique par la nervosité sur les coûts énergétiques, les intrants importés et la lecture plus large du risque pays importateur d’énergie. Quand le Brent repasse au-dessus de 109 dollars, le marché marocain ne traite pas seulement une commodité: il réévalue aussi la facture énergétique nationale, les pressions sur les marges et les effets de second tour sur l’inflation.
Les métaux précieux, eux, ont envoyé des signaux plus mixtes. L’or a reculé de 2,8% à 4.651,5 dollars, l’argent de 4,1% à 72,74 dollars, mais certaines minières locales ont tout de même progressé, preuve que les investisseurs ont privilégié les annonces de capacité et les perspectives industrielles. SMI a gagné 8,5% à 7.101 MAD, après déjà +10% le 1er avril selon le flux marché, tandis que Minière Touissit a pris 8,3% à 3.900 MAD. Le marché a donc davantage joué la qualité des actifs et la dynamique opérationnelle que le simple bêta aux métaux.
Autres dossiers à suivre: réglementation, résultats et pression sur quelques défensives
Sur le front réglementaire, la semaine du 30 mars a été dense avec la publication d’une série de textes sur le marché à terme MASI 20, la chambre de compensation CCP et les modalités d’exécution, de réservation, de liquidation et de dénouement, selon les annonces officielles. L’admission d’un contrat à terme ferme sur l’indice MASI 20 constitue une étape structurelle pour la place: à court terme, l’effet sur les volumes cash peut rester limité, mais à moyen terme, l’outillage du marché s’améliore, ce qui peut favoriser une meilleure gestion du risque et une lecture plus fine des anticipations.
Côté entreprises, NAPS a publié un résultat net 2025 de 1,5 MAD, en chute de 85% par rapport à 10 un an plus tôt, selon l’annonce du 3 avril. À l’autre extrémité du spectre, certaines valeurs défensives ont souffert: Lesieur Cristal a perdu 6,9% à 390 MAD, Aradei Capital 3,1% à 405 MAD, et Akdital 2,8% à 1.110 MAD. Ces replis rappellent qu’en période de tension sur le change et l’énergie, même des dossiers appréciés pour leur visibilité peuvent subir des prises de bénéfices ou des révisions de multiples.
Perspectives: ce qu’il faudra surveiller après cette semaine de transition