Marchés Africains — Tunis flambe à +49% en 2026, le pétrole à 90 $ dope Lagos et Le Caire
Tunis reste le marché le plus puissant du continent avec un TUNINDEX à 20 038 points, en hausse de 48,98% en 2026. Le pétrole à 90,12 dollars soutient l’énergie au Nigeria et en Égypte, tandis que Casablanca et la BRVM avancent plus modestement.
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Le fait marquant de la semaine sur les marchés boursiers africains n’est pas venu de Johannesburg ni de Casablanca, mais de Tunis, où le TUNINDEX a clôturé à 20 038,09 points, portant sa progression à +48,98% en 2026. À l’échelle panafricaine, cette surperformance tranche avec un MASI encore en baisse de 5,32% depuis janvier à 17 843,7 points, tandis que le BRVM Composite n’affiche qu’un gain de 1,7% et que le Brent à 90,12 dollars le baril a redessiné la hiérarchie sectorielle en faveur de l’énergie et des producteurs exposés aux matières premières.
Cette semaine a surtout confirmé une ligne de fracture nette entre, d’un côté, les marchés tirés par la revalorisation des financières et des valeurs domestiques, et de l’autre, les places plus sensibles au change, au coût du capital et à la digestion d’opérations de marché. Le dollar s’est apprécié à 2,9345 TND en Tunisie, à 51,1 EGP en Égypte, à 16,5438 ZAR en Afrique du Sud, à 1 364,2 NGN au Nigeria et à 129,25 KES au Kenya, ce qui a continué d’alimenter des arbitrages très différents selon les structures sectorielles locales.
Key figures
- TUNINDEX: 20 038,09 points, soit +48,98% en 2026
- Brent: 90,12 $/bbl, en hausse de 2,0% sur la semaine
- BRVM Composite: 482,65 points, soit +1,7% en 2026
- JSE All Share: 111 493,1 points en clôture quotidienne, -0,34% sur la séance
Contexte de marché: Tunis domine, Casablanca résiste, Johannesburg temporise
Le classement continental reste dominé par Tunis. Le TUNINDEX20 a terminé à 8 820,67 points, en hausse de 47,62% en 2026, avec des compartiments financiers en état de surchauffe relative: l’indice des services financiers gagne 64,72%, les banques 56,59% et les assurances 57,18%. D’après les données de la BVMT, cette progression n’est pas seulement spéculative: elle reflète aussi une revalorisation des profits nominaux dans un environnement de taux et d’inflation qui favorise les revenus financiers, tout en pénalisant moins les bilans bancaires que les secteurs importateurs.
À Casablanca, le tableau est plus contrasté. Le MASI a repris 0,59% sur la dernière séance à 17 843,7 points, le MASI 20 a gagné 0,75% à 1 317,55 points et le MASI ESG a avancé de 0,69% à 1 277,66 points. Mais en 2026, la place marocaine reste en retrait, avec -5,32% pour le MASI et -11,31% pour le MASI 20. Cela dit, la faiblesse du USD/MAD, en baisse de 0,61% à 9,3239, a offert un léger coussin aux valeurs dépendantes des importations en dollars, alors que la hausse de 3,84% de l’EUR/MAD à 10,739 a rappelé la pression persistante sur les groupes exposés aux achats en zone euro.
La BRVM a, elle, prolongé sa progression méthodique. Le BRVM Composite a gagné 0,24% sur la séance à 482,65 points, le BRVM-300,56% à 230,08 points, et le BRVM Composite Total Return0,27% à 192,62 points. En 2026, les gains restent modestes, entre +1,7% pour le Composite et +1,97% pour le BRVM-30, mais la structure sectorielle raconte une histoire plus intéressante: les télécoms montent de 3,44%, les services publics de 3,3%, tandis que l’énergie reste quasi stable à -0,11% malgré un rebond quotidien de 2,10%.
En Afrique du Sud, le JSE All Share a cédé 0,34% à 111 493,1 points et le Top 400,48% à 103 257,69 points. Cette consolidation intervient alors que l’or a reculé de 1,2% à 4 049,1 dollars, l’argent de 2,1% à 57,59 dollars et le palladium de 2,0% à 1 275,6 dollars, ce qui a mécaniquement pesé sur les minières et les groupes liés aux métaux précieux. La baisse de 0,6% de Anglo American à 838,23 ZAR illustre cette sensibilité immédiate aux matières premières mondiales.
Le grand thème de la semaine: le pétrole à 90 dollars redistribue les cartes entre Lagos, Le Caire et la BRVM
Le premier moteur transversal de la semaine a été l’énergie. Avec un Brent à 90,12 dollars, en hausse de 1,2% sur la journée et de 2,0% sur la semaine, les marchés africains ont réévalué les gagnants et les perdants d’un pétrole durablement élevé. Sur le NGX, l’indice principal a gagné 1,05% à 1 774,11 points, porté notamment par Eterna, qui a bondi de 10,0% à 33,0 NGN. Dans un pays où les marges de distribution, les coûts d’approvisionnement et la politique énergétique restent intimement liés au dollar à 1 364,2 NGN, chaque mouvement du brut modifie les anticipations sur les flux de trésorerie des acteurs pétroliers et parapétroliers.
Au Caire, le même facteur a soutenu les raffineurs et pétroliers. L’EGX 30 a certes reculé de 0,35% à 53 442,2 points, mais la dispersion interne a été très nette: Alexandria Mineral Oils Company a gagné 7,0% à 8,91 EGP, tandis qu’ABUK a progressé de 2,4% à 73,0 EGP. Avec un USD/EGP à 51,1, la hausse du brut peut gonfler les revenus nominaux des producteurs et raffineurs, même si elle renchérit aussi les intrants et complique la facture énergétique macroéconomique du pays. C’est précisément cette ambivalence qui explique pourquoi l’indice large n’a pas suivi la même trajectoire que les valeurs pétrolières.
La BRVM a offert une version plus défensive de ce thème. L’indice BRVM Énergie a avancé de 2,10% sur la séance à 159,44 points, alors que les services publics ont pris 0,58% à 222,36 points. Dans l’Union monétaire ouest-africaine, le peg de l’EUR/XOF à 655,957 amortit une partie du choc de change, mais pas celui des prix internationaux. Résultat: les investisseurs ont privilégié les secteurs capables de répercuter plus facilement les hausses de coûts ou de préserver des dividendes visibles, ce qui explique aussi la bonne tenue des télécoms et des utilities.
Deuxième thème: les financières restent le cœur de la rotation, surtout à Tunis et en Afrique de l’Ouest
Le deuxième grand fil conducteur a été la domination persistante des financières. À Tunis, les chiffres sont sans équivoque: +64,72% pour les services financiers, +57,08% pour les sociétés financières et +56,59% pour les banques en 2026. Les meilleures performances quotidiennes, comme ASTREE à +4,2% à 84,9 TND et Modern Leasing à +4,1% à 4,87 TND, montrent que la hausse ne se limite plus aux seules grandes banques. D’après les données de la BVMT, le marché tunisien paie désormais une prime à la visibilité des résultats et à la capacité de distribution, dans un contexte où les secteurs industriels sont eux aussi solides avec +41,23% en 2026.
En Afrique de l’Ouest, la séquence a été alimentée par les annonces de capital et de dividendes. La BRVM a publié plusieurs avis sur les augmentations de capital de BANK OF AFRICA BF, SN, BN et ML le 31 juillet 2026, ainsi qu’un calendrier de paiements de dividendes. Les détachements de SIB à 425 FCFA, de BIIC à 254,6 FCFA, de LNB à 164,1709 FCFA et de NSBC à 768,16 FCFA renforcent l’attrait relatif des bancaires et financières dans un marché où le rendement cash reste un moteur central de valorisation.
Cette logique se retrouve aussi à Casablanca, même si la performance agrégée reste moins spectaculaire. Selon Le Matin.ma et La Vie éco, Attijariwafa Bank a dégagé un résultat net part du groupe proche de 5,9 milliards MAD au premier semestre 2026. Dans un marché marocain encore négatif en 2026, la publication d’un tel niveau de bénéfice rappelle pourquoi les bancaires continuent de servir d’ancrage aux portefeuilles: elles offrent une combinaison rare de taille, de liquidité et de visibilité bénéficiaire, même lorsque l’indice global peine à retrouver son sommet.
Casablanca entre opérations de marché et réveil sélectif des minières
Le troisième événement d’importance sur le continent a sans doute été la réanimation partielle de la cote marocaine par les opérations primaires et les valeurs minières. Le 27 juillet 2026, la Bourse de Casablanca a publié les résultats de l’introduction en bourse de T2S, tandis que Crédit du Maroc a communiqué sur les résultats de son augmentation de capital. Selon Medias24 et LesEco.ma, l’IPO de T2S a confirmé la capacité du marché à mobiliser l’épargne locale, avec Attijariwafa Bank jouant un rôle central dans le placement.
Sur le marché secondaire, la meilleure performance est revenue à Compagnie Minière de Touissit, en hausse de 10,3% à 4 799,0 MAD, devant ZDJ à +10,0% et WAA à +3,9%. Ce rebond des minières marocaines intervient pourtant dans une semaine de baisse des métaux précieux, ce qui suggère que le mouvement a été davantage alimenté par des facteurs micro et de valorisation que par le seul prix spot. Selon Boursenews.ma, le compartiment minier marocain avait déjà été réveillé par le bond de 9,5% de Managem après le split de son action quelques jours plus tôt, preuve qu’en 2026 la liquidité et la mécanique boursière comptent presque autant que les fondamentaux matières premières.
À cela s’ajoute le dossier TGCC, avec un détachement de dividende annoncé le 31 juillet 2026 et, selon Le Desk, un marché de 562,7 millions MAD pour la gare LGV de Marrakech-Guéliz et son technicentre. Même sans flambée immédiate du cours, ce type de contrat nourrit la visibilité du carnet de commandes dans le BTP, un secteur qui reste un baromètre utile de l’investissement domestique marocain.
Johannesburg et Nairobi: divergence entre profondeur de marché et anomalies de séance
L’Afrique australe et l’Afrique de l’Est ont offert le contraste le plus marqué de la semaine. À Johannesburg, la baisse du JSE All Share de 0,34% et du Top 40 de 0,48% ressemble davantage à une respiration qu’à un retournement. Les gagnants du jour, comme Investec Ltd à +6,2% pour 143,44 ZAR, Pick n Pay à +4,7% pour 19,01 ZAR et Tiger Brands à +3,2% pour 275,77 ZAR, montrent que la rotation s’est déplacée vers des valeurs domestiques ou de consommation, pendant que les géants miniers subissaient la détente de l’or et de l’argent.
À Nairobi, le NSE 25 a affiché une chute de 20,29% à 3 030,0 points, un mouvement trop brutal pour être interprété sans prudence. En l’absence de détails complémentaires sur la méthodologie ou un éventuel ajustement technique, il faut éviter de surinterpréter ce seul chiffre. Le contraste entre cette baisse de l’indice et les hausses de 12,2% d’AMAC, de 8,9% de BKG et de 8,5% de SCAN suggère qu’un facteur de composition, de rebasage ou d’ajustement corporate a pu jouer. En revanche, le recul de Standard Chartered Kenya de 1,1% à 335,0 KES s’inscrit plus clairement dans une logique de prudence sur les financières kényanes, alors que le USD/KES a progressé de 0,68% à 129,25.
Ce qu’il faut retenir pour la bourse Afrique aujourd’hui
Si l’on classe les événements de la semaine par importance, trois faits dominent. Premièrement, Tunis reste de loin la place la plus performante du continent en 2026, avec un TUNINDEX à +48,98%, porté par les financières. Deuxièmement, le retour du Brent au-dessus de 90 dollars a soutenu les valeurs énergétiques au Nigeria, en Égypte et, plus modestement, à la BRVM. Troisièmement, Casablanca a retrouvé du relief grâce aux opérations de marché, aux résultats bancaires et au réveil sélectif des minières, sans pour autant effacer sa baisse annuelle.
Pour qui cherche à investir en Afrique, la leçon de la semaine est simple: les places africaines ne réagissent pas toutes au même moteur. Les marchés importateurs d’énergie ne lisent pas le pétrole comme les producteurs; les marchés à forte pondération bancaire ne réagissent pas comme ceux dominés par les minières; et les régimes de change, du peg XOF à la flexibilité du rand, modifient profondément la transmission du choc mondial.
Outlook: dividendes BRVM, publications et digestion des opérations primaires
La semaine du 3 au 7 août 2026 sera dominée par trois rendez-vous concrets. À la BRVM, le détachement du dividende NSBC de 768,16 FCFA est prévu le 3 août, avant celui de SITAB de 1 707,2 FCFA le 12 août et de CFAO Motors CI de 63 FCFA le 13 août, selon les avis officiels. À Casablanca, le marché continuera de digérer les résultats de l’IPO T2S, l’augmentation de capital de CDM et le détachement de dividende de TGC. Enfin, sur l’ensemble du continent, l’évolution du Brent, du dollar face au NGN, au KES, au ZAR et au TND, ainsi que la trajectoire de l’or après son repli de 1,2%, resteront les variables macro les plus utiles pour lire les prochaines séances des actions africaines.