Marchés Africains — Tunis flambe à +55% en 2026, le pétrole à 96,78 $ redistribue les cartes
La Tunisie reste le marché le plus spectaculaire avec un TUNINDEX à +55,0% en 2026, tandis que Johannesburg profite du rebond des minières et que Casablanca, Le Caire et Lagos restent plus hésitants. Le pétrole à 96,78 dollars, les devises et les dividendes ont dominé la semaine.
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Le fait marquant de la semaine sur les marchés boursiers africains n’est pas venu du plus grand marché du continent, mais de Tunis: le TUNINDEX a atteint 20 847,19 points, en hausse de 55,0% en 2026, loin devant Casablanca à -5,85% sur le MASI et la BRVM à +1,7% sur son Composite. Ce contraste résume une semaine où les places africaines ont réagi de façon très différente à un même cocktail macroéconomique: Brent à 96,78 dollars le baril, soit +8,5% sur la semaine malgré un repli quotidien de -3,9%, dollar ferme face au dirham et au dinar tunisien, et regain d’intérêt pour l’or à 4 067,6 dollars l’once.
Johannesburg a offert l’autre signal fort avec un JSE All Share à 109 398,05 points et un gain quotidien de +0,98%, porté par les minières aurifères et les financières, tandis que Le Caire a davantage temporisé avec un EGX 30 à 53 931,9 points en léger retrait de -0,11%. En Afrique de l’Ouest, la BRVM a conservé une trajectoire positive, son BRVM Composite progressant de +0,56% sur la séance et de +1,7% en 2026, soutenu par les financières au moment où le marché entre dans une séquence dense de détachements de dividendes et d’opérations sur capital.
Chiffres clés
- TUNINDEX: 20 847,19 points, +55,0% en 2026
- Brent: 96,78 $/bbl, +8,5% sur la semaine
- JSE All Share: 109 398,05 points, +0,98% sur la séance
Contexte de marché: une Afrique boursière à plusieurs vitesses
La hiérarchie de la semaine montre une Afrique boursière fragmentée, mais pas déconnectée. En Afrique du Nord, Tunis reste de très loin le marché le plus performant en 2026, avec un TUNINDEX20 à +53,96%, des banques à +64,92%, des assurances à +63,85% et les services financiers à +70,18%. D’après les données de la BVMT, cette surperformance n’est pas cantonnée à un seul compartiment: la distribution gagne 46,96%, l’agroalimentaire 38,18% et les industries 43,47%, signe d’un rallye large plutôt que d’un simple mouvement spéculatif sur quelques capitalisations.
À l’inverse, Casablanca reste en retrait en 2026 malgré une clôture quotidienne positive. Le MASI a gagné +0,43% à 17 743,11 points, le MASI 20 +0,87% à 1 317,16 points et le MASI ESG +0,43% à 1 266,33 points, mais le bilan annuel demeure négatif à -5,85% pour l’indice principal et -11,34% pour le MASI 20. Selon Medias24, le dirham s’est déprécié face au dollar, avec un USD/MAD à 9,355, en hausse de 2,86%, et un EUR/MAD à 10,631, en hausse de 2,72%. Pour les valeurs importatrices ou endettées en devises, cette pression de change pèse sur les marges; pour les exportateurs et certains groupes exposés aux matières premières, l’effet peut être plus nuancé.
En Afrique subsaharienne, Johannesburg a mieux absorbé le choc pétrolier que Lagos ou Nairobi. Le JSE Top 40 a progressé de +1,10% à 101 433,72 points, avec des hausses de DRDGold (+4,6% à 35,34 ZAR), Harmony Gold (+4,0% à 268,22 ZAR) et Nedbank (+3,9% à 272,81 ZAR). Cette configuration reflète deux moteurs mondiaux très lisibles: l’or, en hausse de +0,5%, soutient les producteurs aurifères, tandis qu’un rand relativement stable, avec USD/ZAR à 16,8248 et une variation de seulement +0,05%, réduit le stress de change par rapport à d’autres marchés émergents.
Le grand thème de la semaine: pétrole, devises et matières premières redessinent les arbitrages
Le premier événement de la semaine à l’échelle panafricaine est la remontée du pétrole. Même après son repli quotidien de -3,9%, le Brent termine à 96,78 dollars, en hausse de 8,5% sur la semaine, dans un contexte de tensions géopolitiques puis d’apaisement partiel autour des discussions américano-iraniennes, selon les gros titres macro fournis. Pour les marchés africains, l’effet n’est pas uniforme. Les importateurs nets d’énergie comme la Tunisie ou le Kenya subissent théoriquement une pression accrue sur les coûts et les comptes extérieurs, alors que les producteurs ou marchés liés aux hydrocarbures, comme le Nigeria ou certaines valeurs égyptiennes et marocaines exposées à l’énergie, peuvent bénéficier d’un soutien sectoriel plus direct.
Mais la hausse du pétrole n’a pas suffi à porter Lagos cette semaine. Le NGX ASI a reculé de -0,65% à 1 765,04 points, malgré des progressions marquées sur des petites et moyennes capitalisations comme C&I Leasing (+9,5% à 6,35 NGN) et Cornerstone (+8,2% à 5,95 NGN). Le recul de Oando, en baisse de -1,1% à 40,0 NGN, rappelle que le marché nigérian reste sensible non seulement au brut, mais aussi à la liquidité domestique, aux rotations sectorielles et au comportement du naira. Or le USD/NGN s’est détendu à 1 362,76, en baisse de 0,63%, ce qui peut réduire une partie de la prime de risque de change, sans pour autant déclencher un rallye généralisé sur les actions.
À Nairobi, la lecture est encore plus délicate. Le NSE 25 a affiché -20,29% sur la séance à 3 030,0 points, un mouvement d’une ampleur inhabituelle qui appelle prudence d’interprétation en l’absence de détails complémentaires sur la composition ou un éventuel ajustement technique. En revanche, la cote a montré des poches de vigueur avec Nation Media Group en hausse de +8,3% à 13,0 KES, Kenya Airways à +8,0% à 5,96 KES et AMAC à +7,9% à 120,0 KES. Le USD/KES à 129,53, en hausse de 0,87%, rappelle toutefois que le coût du dollar reste un paramètre central pour les entreprises kényanes importatrices de carburants, d’intrants et d’équipements.
Tunis domine 2026, mais la séance montre un essoufflement tactique
Le deuxième événement majeur de la semaine est la confirmation de l’exception tunisienne en 2026, malgré une consolidation en fin de semaine. Le TUNINDEX a cédé -0,50% sur la séance, le TUNINDEX20 -0,53%, les banques -0,46% et les assurances -0,90%. Pourtant, ces replis interviennent après une envolée annuelle de +55,0% pour l’indice large, +64,92% pour les banques et +70,18% pour les services financiers. En clair, la baisse du jour ressemble davantage à une respiration qu’à une rupture de tendance.
Pourquoi Tunis surperforme-t-elle autant? D’abord parce que le rallye est large, ce qui le rend plus crédible. Ensuite parce que les financières ont servi de locomotive dans un marché où la valorisation relative restait attractive en début d’année. Enfin, plusieurs secteurs domestiques ont suivi, notamment la distribution et l’agroalimentaire. Les variations individuelles de OfficePlast (+5,0% à 1,69 TND), Tuninvest-SICAR (+4,5% à 48,07 TND) et SITS (+4,4% à 4,79 TND) montrent que l’appétit ne se limite pas aux grandes banques. En parallèle, selon Tustex, SOTUVER a bénéficié d’une demande soutenue d’emballages pour l’huile d’olive au premier semestre, tandis que Carthage Cement a vu son chiffre d’affaires reculer de 6% à fin juin et UNIMED a également enregistré un recul de 6% sur le semestre, freiné par l’export. Cette dispersion microéconomique confirme que le marché tunisien récompense les dossiers capables de défendre leurs volumes et leurs marges.
Casablanca et Le Caire: des marchés plus sélectifs, entre corporate et change
À Casablanca, la semaine a surtout été marquée par des histoires d’entreprise plus que par un mouvement d’indice. Parmi les hausses du jour, Managem n’apparaît pas dans les top variations, mais le groupe a capté l’attention après la prise de contrôle officielle de la concession gazière de Tendrara, selon Challenge.ma, après une transaction de 57 millions de dollars rapportée par MSN quelques jours plus tôt. Dans un environnement où le Brent reste proche de 100 dollars, l’intérêt stratégique de ce type d’actif augmente mécaniquement: la sécurité d’approvisionnement et l’exposition à l’énergie redeviennent des thèmes de valorisation.
Le marché casablancais a aussi réagi à des annonces de gouvernance et de structure. Selon Medias24 et L’Economiste, Taqa Morocco engage une réorganisation stratégique pour évoluer vers une holding, tandis que Attijariwafa Bank reste un baromètre implicite du compartiment bancaire même si aucune variation spécifique n’est fournie ici. Les plus fortes hausses du jour, CMT (+10,3% à 4 799 MAD), ZDJ (+10,0% à 203,45 MAD) et JET Contractors (+4,5% à 2 070 MAD), contrastent avec des replis limités comme SNEP (-1,6% à 310 MAD). Cette asymétrie suggère un marché de stock-picking, où les flux se concentrent sur quelques dossiers à catalyseur.
Au Caire, le EGX 30 à 53 931,9 points a peu bougé, avec des gains sur ACGC (+7,2% à 10,83 EGP) et ODIN (+5,2% à 2,65 EGP), mais des poids lourds plus calmes comme Telecom Egypt, en baisse de -0,3% à 103,28 EGP. Le USD/EGP à 51,3, quasi stable avec +0,05%, a limité l’effet de stress de change observé ailleurs en Afrique du Nord. Pour les actions égyptiennes, cette stabilité relative du change compte autant que les résultats d’entreprise: elle aide à ancrer les anticipations sur les coûts d’importation et la valeur réelle des flux futurs.
BRVM: les dividendes et les banques prennent le relais
Le troisième événement de la semaine est sans doute la densité des annonces corporate à la BRVM, qui donne au marché ouest-africain un profil plus défensif et plus orienté rendement. Le BRVM Composite a gagné +0,56% à 484,32 points, le BRVM-30 +0,67% à 230,73 points et le compartiment services financiers +1,13% à 235,01 points, soit la meilleure performance sectorielle du jour. Les hausses de NSIA Banque CI (+1,7% à 23 400 XOF), BOA Mali (+1,8% à 5 600 XOF) et SONATEL? non, SNTS (+1,9% à 31 495 XOF) montrent que les investisseurs arbitrent déjà autour des flux de dividendes et des opérations de capital.
D’après les avis officiels de la BRVM, la semaine a été marquée par un calendrier chargé: CIE CI détache un dividende net de 234 XOF le 27 juillet 2026, SOLIBRA de 2 127 XOF le 29 juillet, SIB de 425 XOF le 30 juillet, BIIC de 254,6 XOF le 30 juillet, LNB de 164,1709 XOF le 31 juillet et NSBC de 768,16 XOF le 3 août 2026. À cela s’ajoutent plusieurs annonces d’augmentation de capital chez BANK OF AFRICA BF, SN, ML et BN, ainsi qu’un rappel de la BRVM sur la diffusion des états financiers 2025 et du premier trimestre 2026. Pour un investisseur qui cherche à investir en Afrique, cette séquence est importante: elle rappelle que la BRVM reste un marché où le rendement distribué et la discipline d’information financière peuvent peser autant que la croissance pure.
Johannesburg: l’or et les banques offrent la meilleure lecture macro de la semaine
S’il fallait désigner le marché le plus cohérent avec le contexte global, Johannesburg serait un candidat solide. La hausse de DRDGold et Harmony Gold colle à la progression de l’or à 4 067,6 dollars, tandis que celle de Nedbank à +3,9% traduit un appétit pour les financières dans un environnement de devise stable. Le fait que les plus fortes baisses du jour sur le JSE soient limitées à -0,4% pour TFG, -0,3% pour WBHO et -0,1% pour PPC renforce l’idée d’une séance large et constructive, plutôt qu’un simple rebond technique tiré par 2 ou 3 poids lourds.
Cette dynamique sud-africaine compte au-delà du JSE lui-même. Elle montre que, dans la bourse Afrique aujourd'hui, les marchés les plus profonds restent ceux qui transmettent le plus vite les signaux mondiaux: métaux précieux, dollar, rendements et perception du risque. Quand l’or monte de 0,5% et l’argent de 1,5%, les minières sud-africaines réagissent presque instantanément; quand le pétrole bondit de 8,5% sur la semaine, les marchés plus dépendants des importations d’énergie deviennent plus sélectifs.
Ce qu’il faut surveiller la semaine prochaine
Le calendrier à venir sera dominé par les détachements de dividendes à la BRVM entre le 27 juillet et le 3 août 2026, un facteur technique qui peut influencer les cours et les volumes sur plusieurs bancaires et industrielles. À Casablanca, les suites de la réorganisation de Taqa Morocco, l’intégration des annonces sur Tendrara chez Managem et les effets du USD/MAD à 9,355 sur les valeurs sensibles au change resteront au centre de l’attention. À Tunis, la question sera moins celle de la tendance de fond — toujours exceptionnelle à +55,0% en 2026 — que celle de la capacité des résultats semestriels à justifier des valorisations déjà rehaussées. À Johannesburg, l’évolution de l’or au-dessus de 4 000 dollars et du rand autour de 16,82 pour un dollar restera déterminante pour les minières et les banques. Enfin, à Lagos, Nairobi et au Caire, la lecture des prochaines séances dépendra beaucoup de la liquidité locale, de la stabilité des devises et de la manière dont les entreprises absorberont un baril encore proche de 97 dollars.