Marchés Africains — Tunis flambe à +60,2% en 2026, le pétrole à 88,1 $ redistribue les cartes
La BVMT a encore dominé les marchés boursiers africains avec un TUNINDEX à +60,24% en 2026, tandis que le pétrole Brent à 88,1 dollars a soutenu l’énergie et ravivé les arbitrages sur le continent. Casablanca a reculé, Johannesburg a cédé du terrain et la BRVM est restée défensive malgré plusieurs annonces de dividendes et d’augmentations de capital.
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Le contraste le plus frappant de la semaine sur les marchés boursiers africains n’est pas venu de Johannesburg ou du Caire, mais de Tunis. Au 18 juillet 2026, le TUNINDEX affiche 21 552,73 points, en hausse de 1,47% sur la séance et surtout de 60,24% en 2026, très loin devant le MASI de Casablanca à 17 578,83 points avec -6,73% depuis janvier, ou la BRVM Composite à 478,53 points avec un gain limité à 1,7%. Ce grand écart s’est joué dans un environnement macro dominé par un Brent à 88,1 dollars le baril, en hausse de 5,8% sur la semaine, et par un dollar ferme face à plusieurs devises africaines, du dirham marocain au shilling kényan.
Key figures
- TUNINDEX: +60,24% en 2026 à 21 552,73 points
- Brent: 88,1 $/bbl, soit +5,8% sur la semaine
- MASI: -6,73% en 2026 à 17 578,83 points
- BRVM Composite: +1,7% en 2026 à 478,53 points
- JSE All Share: 109 569,92 points, en baisse de 0,70% sur la séance
Contexte de marché: Tunis accélère, Casablanca cale, la BRVM résiste
La hiérarchie continentale s’est encore clarifiée cette semaine. En Afrique du Nord, Tunis a prolongé une dynamique exceptionnelle portée par les financières: l’indice des banques gagne 1,93% sur la séance et 72,73% en 2026, tandis que l’indice des assurances bondit de 4,50% sur la journée et de 63,76% depuis janvier. Cette surperformance n’est pas un simple rebond technique: elle reflète une rotation persistante vers les valeurs domestiques capables de répercuter l’inflation, de défendre leurs marges et de bénéficier d’un environnement de taux encore rémunérateur, d’après les données de la BVMT.
À l’inverse, Casablanca a terminé la semaine sur une note plus lourde. Le MASI a cédé 1,18% sur la séance, le MASI 20 a perdu 1,33% et le MASI ESG1,46%, ce qui confirme un marché sous pression malgré quelques poches de résistance. Les gagnants du jour, comme CTM à 887 MAD (+2,9%), CSP à 250 MAD (+2,0%) et MIC à 749 MAD (+1,9%), n’ont pas suffi à compenser les replis de CRS (-2,0% à 24 MAD), ADI (-2,1% à 370 MAD) et CMG (-2,2% à 317 MAD). La hausse de 3,63% du USD/MAD à 9,3249 et celle de 3,30% de l’EUR/MAD à 10,658 ont ajouté une couche de tension sur les valeurs sensibles aux importations et aux coûts de financement en devises.
En Afrique de l’Ouest, la BRVM Composite a reculé de 0,29% sur la séance à 478,53 points, mais reste en hausse de 1,7% en 2026. La lecture sectorielle est plus instructive que l’indice global: les services publics ont bondi de 4,41% sur la journée, contre -1,03% pour les services financiers et -1,44% pour l’énergie. Cette divergence montre un marché qui privilégie la visibilité des flux de trésorerie et des dividendes dans une zone où l’ancrage du XOF à l’euro via la parité EUR/XOF 655,957 réduit le risque de change, mais ne protège pas contre le ralentissement de l’appétit pour le risque.
Le grand thème de la semaine: le pétrole remonte, mais les marchés africains ne réagissent pas tous pareil
Le premier événement panafricain de la semaine a été le retour du pétrole vers 88,1 dollars, soit +4,6% sur la journée et +5,8% sur la semaine. Ce mouvement a été alimenté par des flux contradictoires autour du détroit d’Ormuz, des discussions américano-iraniennes et des ajustements du commerce maritime du brut russe, selon les gros titres macro fournis dans le contexte. Pour les places africaines, la conséquence n’a pas été uniforme: les marchés exposés à l’énergie ont mieux tenu sur certains segments, mais les pays importateurs nets ont vu réapparaître le risque de pression sur les balances extérieures et les coûts domestiques.
À Johannesburg, cette lecture a été immédiate. Sasol a gagné 3,6% à 188,21 ZAR, parmi les meilleures performances du jour, alors que le JSE All Share reculait de 0,70% à 109 569,92 points et le Top 40 de 0,75% à 101 222,47 points. Autrement dit, l’énergie a amorti une faiblesse plus large du marché sud-africain, où la fermeté du dollar à 16,4825 ZAR (+0,50%) et le recul du platine à 1 605,8 dollars (-1,8%) ont pesé sur une partie du complexe minier et sur les valeurs cycliques. Le gain de 5,0% de SAP à 11,65 ZAR et de 3,2% de MNP à 168,18 ZAR montre toutefois que la baisse n’a pas été univoque.
Au Nigeria, la remontée du brut a offert un soutien macro plus théorique qu’immédiat. Le USD/NGN n’a progressé que de 0,19% à 1 378,08, signe d’une relative stabilité de change à court terme, mais le NGX ASI a tout de même cédé 1,14% sur la séance à 1 769,2 points. Les plus fortes hausses, comme WAPIC à 2,6 NGN (+7,4%), HMCALL à 3,65 NGN (+9,9%) et LIVINGTRUST à 3,72 NGN (+9,7%), sont restées concentrées sur des dossiers spécifiques plutôt que sur un rallye large du marché. Cela rappelle qu’un pétrole plus élevé améliore potentiellement les recettes extérieures du Nigeria, mais ne se traduit pas automatiquement par une hausse généralisée des actions africaines lorsque la liquidité domestique, les taux et les arbitrages de valorisation restent contraignants.
Au Maroc, la hausse du brut a eu un effet plus ambivalent. D’un côté, selon Medias24, Marsa Maroc a obtenu la concession du poste pétrolier 8 Bis à Jorf Lasfar, ce qui renforce la visibilité stratégique du groupe sur les flux énergétiques et logistiques. De l’autre, un pétrole plus cher, combiné à un USD/MAD en hausse de 3,63%, renchérit les importations énergétiques et pèse sur les entreprises dépendantes des intrants importés. C’est l’une des raisons pour lesquelles le marché casablancais n’a pas transformé les annonces microéconomiques en rebond d’ensemble.
Classement des événements de la semaine: Tunis d’abord, Casablanca ensuite, BRVM en mode rendement
Le deuxième fait majeur de la semaine a été la confirmation de la domination tunisienne en bourse Afrique aujourd’hui. Le TUNINDEX20 a gagné 1,43% à 9 546,2 points, tandis que les locomotives financières ont encore accéléré:
•ASS MAGHREBIA: +6,0% à 87,02 TND
•ATL: +6,0% à 16,64 TND
•ATTIJARI LEASING: +6,0% à 45,2 TND
•Indice des services financiers: +2,55% sur la séance, +71,97% en 2026
•Indice des banques: +72,73% en 2026
Pourquoi Tunis surperforme-t-elle autant en 2026? Parce que la hausse n’est pas cantonnée à un seul compartiment. Les industries progressent de 46,36% depuis janvier, la distribution de 48,01%, l’agroalimentaire et boissons de 39,93%, et les matériaux de base de 43,41%. Cette largeur de marché réduit le risque d’un simple emballement spéculatif sur quelques titres et traduit une réévaluation plus générale des bénéfices attendus, selon les indices sectoriels de la BVMT.
Le troisième événement de la semaine a concerné Casablanca, non pas via l’indice, mais via les opérations de marché. La suspension de cotation de CMT le 17 juillet 2026 après le dépôt d’une offre publique, rapportée par Medias24, a dominé l’actualité corporate. En parallèle, la Bourse de Casablanca a publié plusieurs ajustements techniques sur les blocs et les apports de titres le 16 juillet, tandis que BCP a communiqué le 13 juillet sur les modalités de son programme de rachat et de son contrat de liquidité. Managem a aussi annoncé une division de la valeur nominale, avec effet au 27 juillet, selon Boursenews.ma. Ces annonces comptent parce qu’elles touchent à la liquidité, à la formation des prix et à l’accessibilité des titres, trois variables cruciales sur un marché où le MASI Mid and Small Cap recule encore de 4,86% en 2026.
Rendement, dividendes et capital: la BRVM reste disciplinée
La BRVM a moins offert de spectaculaire que Tunis, mais elle a fourni l’un des messages les plus lisibles pour qui cherche à investir en Afrique avec une logique de rendement. Plusieurs annonces officielles ont rythmé la semaine et la fin juillet:
•SIB: dividende net de 425 FCFA, détachement le 30 juillet 2026
•BIIC: dividende net de 254,6 FCFA, détachement le 30 juillet 2026
•SOLIBRA: dividende net de 2 127 FCFA, détachement le 29 juillet 2026
•CIE CI: dividende net de 234 FCFA, détachement le 27 juillet 2026
•SERVAIR ABIDJAN CI: dividende net de 124 FCFA, détachement le 29 septembre 2026
À cela s’ajoutent quatre annonces d’augmentation de capital publiées le 17 juillet 2026 pour BANK OF AFRICA BF, BANK OF AFRICA BN, BANK OF AFRICA ML et BANK OF AFRICA SN. Ce double mouvement — distribution de cash d’un côté, renforcement des fonds propres de l’autre — dit beaucoup sur la phase actuelle de la BRVM. Le marché reste modérément haussier, avec +1,97% pour le BRVM-30 et +0,78% pour le BRVM Principal en 2026, mais il privilégie les dossiers capables soit de rémunérer rapidement l’actionnaire, soit de financer leur croissance bancaire régionale.
Les variations du jour confirment ce ton défensif. BOAN a gagné 1,8% à 5 350 XOF, BICC1,4% à 28 100 XOF et ABJC1,4% à 2 990 XOF, tandis que les replis ont été limités à -0,1% pour SAFC, -0,3% pour BOAS et -0,3% pour BOAM. Sur une place où les écarts restent contenus, la stabilité relative des devises et la visibilité des coupons continuent de jouer un rôle d’ancrage.
Égypte, Kenya et Afrique du Sud: trois lectures différentes du risque
Au Caire, l’EGX 30 a progressé de 0,70% à 52 928,1 points, avec des hausses marquées de AMER (+9,6% à 3,88 EGP), SKPC (+8,6% à 16,17 EGP) et ELKA (+4,8% à 1,96 EGP). Le USD/EGP est resté quasi stable à 50,5 (+0,01%), ce qui a réduit le bruit de change dans la lecture du marché. Cette stabilité relative du change compte beaucoup en Égypte: quand la devise se calme, les investisseurs peuvent davantage se concentrer sur les résultats, les marges et les rotations sectorielles plutôt que sur la seule protection monétaire.
À Nairobi, la lecture est plus délicate car le NSE 25 a chuté de 20,29% sur la séance à 3 030 points, un mouvement trop brutal pour être interprété sans prudence et qui peut refléter un ajustement technique, un changement méthodologique ou un effet corporate exceptionnel. Les variations individuelles ne corroborent pas un stress généralisé, puisque XPRS a gagné 7,5% à 7,2 KES, LBTY6,8% à 9,46 KES et SKL6,8% à 10,25 KES, tandis que les baisses les plus marquées n’ont été que de 1,1% pour TOTL, 0,9% pour CRWN et 0,8% pour OCH. Dans ce contexte, il faut éviter de surinterpréter l’indice sans confirmation supplémentaire.
L’Afrique du Sud, enfin, a rappelé que la profondeur du marché ne protège pas d’une semaine de rotation sectorielle. Le repli de 0,70% du JSE All Share s’est produit alors que l’or montait à 4 012,7 dollars (+0,7%) et que l’argent gagnait 0,2% à 56,04 dollars, mais que le platine et le palladium cédaient respectivement 1,8% et 1,5%. Pour un marché aussi exposé aux métaux, cette dispersion des matières premières crée des gagnants et des perdants au sein d’un même univers minier, ce qui explique une séance plus nuancée qu’un simple mouvement “risk-off”.
Ce qu’il faut surveiller la semaine prochaine
La semaine du 20 au 24 juillet 2026 s’ouvrira avec trois dossiers à suivre de près dans cette Africa stock market analysis continentale. D’abord, l’évolution du Brent après son rebond de 5,8%: une poursuite de la hausse aurait des implications opposées pour le Nigeria, l’Afrique du Sud et les importateurs nets d’Afrique du Nord. Ensuite, à la BRVM, les détachements de dividendes de CIE CI le 27 juillet, de SOLIBRA le 29 juillet, puis de SIB et BIIC le 30 juillet donneront un test concret de l’appétit pour le rendement. Enfin, à Casablanca, le marché digérera la suspension de CMT, la division de Managem prévue le 27 juillet et les effets des dispositifs de liquidité de BCP. Après une semaine dominée par Tunis et par le pétrole, la prochaine dira si la surperformance nord-africaine s’élargit, ou si les flux reviennent vers les marchés de rendement d’Afrique de l’Ouest et les grandes capitalisations sud-africaines.