Marchés Africains — Tunis flambe à +27,9% en 2026, Nairobi décroche, le pétrole rebat les cartes
La Bourse de Tunis reste la place la plus forte du continent avec un TUNINDEX à +27,86% en 2026, tandis que Nairobi a subi une chute brutale de ses indices. La baisse hebdomadaire de 7,6% du Brent a aussi redistribué les cartes entre producteurs, banques et valeurs de consommation.
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Le contraste a dominé les marchés boursiers africains cette semaine du 18 au 23 mai 2026 : Tunis a confirmé son statut de place la plus dynamique du continent avec un TUNINDEX à 17.197,16 points, en hausse de 1,38% sur la séance de vendredi et de 27,86% en 2026, pendant que Nairobi a encaissé un décrochage spectaculaire, le NSE 20 chutant de 24,74% sur la journée à 1.400,45 points et le NSE 25 de 11,73% à 5.002,83 points. Entre les deux, le recul hebdomadaire du Brent de 7,6% à 103,54 dollars le baril a servi de fil conducteur à une semaine où banques, télécoms, distribution et matières premières ont réagi de façon très différente selon les devises et les structures de marché.
À l’échelle panafricaine, la hiérarchie de performance reste nette en 2026. Tunis domine avec des gains à deux chiffres sur presque tous ses compartiments, notamment les banques à +29,04%, les services financiers à +29,32% et la distribution à +37,44%. La BRVM conserve une trajectoire plus modérée mais positive, avec un BRVM Composite à 421,02 points et un gain de 1,7% en 2026, tandis que Casablanca reste plus hésitante : le MASI a terminé à 18.369,69 points, en hausse de 0,35% sur la séance mais en baisse de 2,53% en 2026, et le MASI 20 affiche encore -10,94% depuis janvier. Au Caire, l’EGX 30 a clôturé à , en hausse de , alors que Johannesburg a reculé avec un à () et un à (). Lagos a, lui, terminé la séance sur une note ferme avec un à , en hausse de .
- Brent: -7,6% sur la semaine à 103,54 dollars/baril
- MASI: -2,53% en 2026 malgré un rebond de 0,35% vendredi
- BRVM Composite: +1,7% en 2026
- NSE 20: -24,74% sur la séance de vendredi
Le grand thème de la semaine : pétrole en baisse, devises sous pression, marchés divergents
Le mouvement le plus structurant n’est pas venu d’une seule place mais du couple matières premières-devises. Le Brent a perdu 7,6% sur la semaine, dans un contexte de perspectives plus baissières pour le pétrole en 2026 et de tensions commerciales mondiales sur les flux de matières premières, selon les titres de presse internationale fournis. Pour les marchés importateurs nets d’énergie comme le Maroc, la Tunisie ou le Kenya, cette détente théorique sur le brut est plutôt favorable aux marges et aux comptes extérieurs. Mais cet effet a été partiellement neutralisé par les changes : le USD/KES a grimpé de 0,97% à 129,7, le USD/TND de 0,54% à 2,9085, et le USD/NGN est resté élevé à 1.370,47.
Cette divergence explique une partie de l’écart entre places. En Tunisie, la baisse du pétrole s’ajoute à une dynamique domestique déjà puissante sur les financières et la consommation, ce qui a permis au TUNINDEX20 de gagner 27,05% en 2026. En Afrique du Sud, en revanche, la baisse des métaux précieux a pesé sur le compartiment minier : l’or a cédé 0,4% à 4.521 dollars, le platine 1,2% à 1.931,6 dollars et le palladium 1,8% à 1.358 dollars, ce qui a contribué au recul de valeurs exposées aux ressources, dans un marché déjà sensible à un USD/ZAR à 16,4633. À Lagos, l’effet pétrole est plus ambigu : un baril à 103,54 dollars reste élevé en absolu, mais sa baisse hebdomadaire rappelle que les valeurs nigérianes ne peuvent plus compter uniquement sur la rente pétrolière pour soutenir la cote.
Tunis s’impose comme la locomotive continentale
La place tunisienne a livré la séquence la plus impressionnante de la semaine. Le TUNINDEX a progressé de 1,38% vendredi, le TUNINDEX20 de 1,37%, et surtout la hausse reste extraordinairement large en 2026 : +33,74% pour l’indice des industries, +29,04% pour l’agroalimentaire et boissons, +29,04% pour les banques, +25,86% pour les assurances et +21,05% pour les matériaux de base. Une telle synchronisation sectorielle signale un marché porté non par un seul dossier spéculatif, mais par une réévaluation plus générale des bénéfices et des bilans.
Les progressions de Land’Or (+5,8% à 17,35 TND), MPBS (+6,0% à 9,59 TND) et Essoukna (+5,9% à 3,93 TND) illustrent cette profondeur. Le fait que les plus fortes baisses du jour aient été limitées à -0,1% pour ICF et SOTRAPIL, selon les données de marché, montre aussi l’absence de pression vendeuse significative. Pour les investisseurs qui cherchent à comprendre la bourse Afrique aujourd'hui, Tunis offre le cas le plus clair d’un marché où la hausse repose sur plusieurs piliers à la fois : financières, industrie, consommation et matériaux.
Casablanca : des résultats solides, mais un indice encore en retard en 2026
À Casablanca, le paradoxe s’est accentué. Les nouvelles d’entreprises ont été globalement favorables, mais le MASI reste en retrait de 2,53% en 2026 et le MASI 20 de 10,94%. Vendredi, l’indice large a repris 0,35% à 18.369,69 points, tandis que le MASI ESG a gagné 0,70% à 1.325,34 points, ce qui suggère un soutien des grandes capitalisations les plus défensives. Les meilleures performances du jour sont venues de NEJ (+4,0% à 4.300 MAD), SBM (+3,0% à 2.348 MAD) et SOT1 (+3,0% à 380 MAD).
Le vrai sujet, toutefois, est fondamental. Selon Medias24, Label Vie prépare une levée obligataire pouvant aller jusqu’à 1 milliard de DH, un signal important sur le financement de la croissance dans la distribution. Selon EcoActu et Le Desk, Akdital a publié un chiffre d’affaires consolidé de 1,170 milliard de DH au T1 2026, en hausse de 24%. Selon Boursenews.ma, TGCC a vu son activité progresser de 12,5% et son carnet de commandes atteindre 27 milliards de DH au premier trimestre. Selon plusieurs médias marocains, Marsa Maroc a enregistré 1,43 milliard de DH de revenus au T1 2026, en hausse d’environ 12,1%. À l’inverse, Lesieur Cristal a vu son chiffre d’affaires reculer de 13% au premier trimestre, selon Boursenews.ma, rappelant que la consommation de base reste sensible aux prix des intrants et à la normalisation post-inflation.
Le calendrier corporate a aussi pesé sur les cours via les détachements de dividendes de SBM, CAP et DHO entre le 18 mai et le 20 mai 2026. Ce facteur technique compte à Casablanca, où les rendements distribués influencent fortement les arbitrages de court terme, notamment sur les financières comme Attijariwafa Bank et les grandes valeurs de rendement comme Maroc Telecom, même sans annonce spécifique cette semaine.
BRVM : les dividendes reprennent la main, télécoms sous pression
Sur la BRVM, la semaine a été dominée par les opérations sur capital et les détachements de dividendes, davantage que par un mouvement directionnel d’indice. Le BRVM Composite a cédé 0,13% vendredi à 421,02 points, mais le Composite Total Return a gagné 1,38% à 165,0 points, un écart qui dit beaucoup : le rendement cash reste un moteur central de la performance en Afrique de l’Ouest. Le compartiment des services publics a bondi de 5,04% sur la séance à 187,32 points, alors que les télécommunications ont reculé de 1,01% à 103,74 points.
Ce contraste s’explique largement par le calendrier. La BRVM a publié une série dense d’avis : dividende net de 1.740 FCFA pour Sonatel avec détachement le 22 mai 2026, 888 FCFA pour Ecobank CI le 22 mai, 585 FCFA pour Bank of Africa Benin le 22 mai, 450 FCFA pour Bank of Africa Senegal le 29 mai, 305,04 FCFA pour Bank of Africa Mali le 2 juin, 800 FCFA pour Orange Côte d’Ivoire le 5 juin, et 145,3214 FCFA pour ONATEL BF le 12 juin. En parallèle, plusieurs augmentations de capital ont concerné les entités BOA au Bénin, au Burkina, au Sénégal et au Mali. Pour les investisseurs qui veulent investir en Afrique, la BRVM rappelle une réalité simple : sur cette place, la lecture des flux de dividendes et des opérations de capital est souvent aussi importante que celle des indices.
Lagos et Le Caire : les financières tiennent, mais avec des moteurs différents
À Lagos, le NGX ASI a gagné 1,96% vendredi, porté par des hausses de 10,0% pour ALEX, 9,9% pour RT Briscoe et 9,8% pour Learn Africa. Mais la baisse de 2,8% de Access Holdings à 24,6 NGN montre que la progression n’a pas été uniforme. Le marché nigérian continue d’évoluer dans un environnement de devise fragile, avec un USD/NGN à 1.370,47, ce qui soutient certaines valeurs exportatrices ou liées aux actifs réels, tout en compliquant la lecture des banques et des groupes dépendants des importations. Le Brent au-dessus de 100 dollars reste favorable aux recettes extérieures du pays, mais sa baisse hebdomadaire de 7,6% réduit l’effet d’enthousiasme que l’on observait lorsque le pétrole montait en ligne droite.
Au Caire, l’EGX 30 a avancé de 0,30% à 52.091 points, avec des gains de 3,5% pour AMER et MCQE, et de 2,8% pour PHDC. Le USD/EGP est resté presque stable à 52,87 (-0,04%), ce qui a offert un peu de répit aux actifs domestiques. La stabilité relative de la devise égyptienne compte beaucoup : elle réduit la pression immédiate sur les coûts de financement et sur les valorisations en monnaie locale. Cela explique pourquoi l’EGX a mieux résisté que Johannesburg sur la séance, malgré un environnement mondial moins porteur pour les matières premières.
Johannesburg et Nairobi : deux baisses, deux lectures très différentes
La baisse sud-africaine a été relativement ordonnée. Le JSE All Share a perdu 0,73% et le Top 400,85%, avec des replis de 2,5% pour Naspers, 2,6% pour Anglo American et 2,6% pour Old Mutual. À l’inverse, Bid Corporation a progressé de 2,2% à 424,18 ZAR et BVT de 2,1%. La lecture macro est cohérente : les valeurs minières et technologiques ont souffert d’un cocktail de métaux plus faibles et de prudence globale, tandis que certaines défensives de consommation ont mieux tenu.
Nairobi a été plus difficile à interpréter tant l’ampleur de la chute des indices est inhabituelle. Le NSE 20 a décroché de 24,74% et le NSE 25 de 11,73%, alors même que les variations individuelles des principales hausses et baisses restaient limitées entre +7,1% et -1,4%. Cela suggère un effet technique, possiblement lié à une recomposition d’indice, à un ajustement méthodologique ou à un événement corporate majeur sur des pondérations lourdes, plutôt qu’à une liquidation généralisée du marché. Dans ce contexte, les gains de OCH (+7,1% à 6,96 KES) et d’Safaricom non mentionnée parmi les plus fortes variations ne suffisent pas à expliquer le mouvement d’indice. Avec un USD/KES en hausse de 0,97% à 129,7, la pression de change reste néanmoins un facteur de fond pour les actions africaines cotées à Nairobi.
Ce qu’il faut retenir pour l’analyse des marchés africains
Trois enseignements ressortent de cette semaine du 18 au 23 mai 2026. Premièrement, la dispersion reste extrême entre places : +27,86% en 2026 pour Tunis contre -2,53% pour Casablanca sur le MASI, et une BRVM à +1,7% qui avance surtout par le rendement. Deuxièmement, la baisse du Brent de 7,6% n’a pas produit un effet uniforme : elle a aidé les marchés importateurs d’énergie sur le papier, mais les devises ont parfois neutralisé ce soutien, notamment au Kenya et en Tunisie. Troisièmement, les histoires d’entreprises reprennent de l’importance, qu’il s’agisse des revenus de Akdital, du carnet de commandes de TGCC, des dividendes de Sonatel ou des arbitrages sur Access Holdings et Naspers.
Perspective : dividendes BRVM, résultats au Maroc, lecture technique à Nairobi
La semaine du 25 au 29 mai 2026 sera d’abord marquée par la poursuite du cycle de dividendes sur la BRVM, avec notamment SICABLE et Bank of Africa Senegal attendues le 29 mai, après les détachements déjà intervenus le 22 mai. À Casablanca, le marché continuera de digérer les publications du premier trimestre et les opérations de financement, après les annonces sur Label Vie, Akdital, TGCC et Marsa Maroc, dans le sillage de notre analyse précédente sur Casablanca. À Nairobi, la priorité sera de clarifier l’origine du décrochage des indices de vendredi. Et à l’échelle continentale, l’évolution du Brent autour de 103,54 dollars, du USD/NGN à 1.370,47 et du USD/KES à 129,7 restera déterminante pour lire correctement la prochaine séquence de la bourse Afrique aujourd'hui.